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NOUVELLES ATTAQUES DES NORMANDS

Cest alors en effet, c’est-à-dire en 878 ou 879, que recommencèrent et se renouvelèrent chaque jour, avec un caractère plus acharné, plus cruel et plus terrible, les incursions des Normands en Bretagne. Un autre chroniqueur, parlant justement de ce temps, dit : Les pirates se mirent alors à infester de leurs » brigandages et de leurs courses effrénées la petite Bretagne, qui est limitrophe » de la Gaule et son ennemie (1).

Depuis les luttes de 869 où Gurwant avait bravé Hasting, depuis surtout la honteuse défaite infligée en 873 par les Bretons aux Normands dans leur imprenable forteresse d’Angers, ces derniers avaient laissé en paix la Bretagne. Pourtant presque tous les historiens modernes et quelques chroniqueurs de basse époque répètent — vrais moutons de Panurge — qu’en 874, aussitôt après le meurtre du roi Salomon, la Bretagne fut envahie, saccagée, couverte de sang et de ruines par les Normands. Rien de plus faux. Réginon a depuis longtemps réfuté cette erreur. Pascweten, l’un des deux princes qui se partagèrent la Bretagne après Salomon, Réginon nous le montre allié des Normands : donc les Normands n’attaquèrent pas ses états. De concert avec lui, il est vrai, ils attaquèrent Gurwant ; mais après la déroute monumentale généreusement octroyée par ce héros à eux et à leur allié, ils ne s’y frottèrent plus. Donc la Bretagne jusqu’à la mort de Gurwant et de Pascweten en 877 eut fort peu à souffrir des Normands. Ce calme relatif dut même se prolonger pendant quelques mois en 878, jusqu’au moment où Alain et Judicaêl, fous de haine et d’envie, fondirent l’un sur l’autre et se déchirèrent l’un l’autre, criminellement acharnés à cette lutte anti-patriotique.

Alors les Normands reparaissent et se mettant de la partie tuent, prennent ou rançonnent les habitants, brûlent les châteaux, les monastères, les villages, pillent tout, et où ils ont passé ne laissent que la ruine. Ainsi attaqués, les Bretons se défendent vaillamment, mais affolés par leurs haines les partisans d’Alain et ceux de Judicaêl refusent de réunir leurs efforts en une action commune, chacun combat isolé, et dans cet éparpillement de forces tous sont vaincus.

La terreur se répand de tous côtés : pour éviter la profanation des saintes reliques confiées à leur garde, les prêtres, les moines, les évêques se préparent à tes emporter hors de Bretagne vers l’intérieur des Gaules ou même vers l’île de Bretagne déjà appelée l’Angleterre. A l’instar de ces fuites effrayées des reliques de Noirmoutier et de Vertou dont on a parlé plus haut, alors commence le curieux et lamentable exode des corps bénis de nos vieux saints bretons. Toutefois il faut y prendre garde, dans cet exode il y eut plusieurs époques. Nos hagiographes modernes placent en bloc toutes ces translations de reliques en 874 ou 878 ; erreur grossière : il y en eut quelques-unes alors, sinon en 874, du moins en 878 et années suivantes ; mais elles ne furent pas nombreuses ; le texte le plus ancien qui s’y rapporte et d’où tous les modernes (2) tirent ce qu’ils en disent, est celui de notre vieux et excellent chroniqueur Pierre Le Baud ; il est nécessaire ici d’en citer les termes :

(1) « Latrociniis ac discursionibus Britanniam minorem, quæ est Galliœ contigua atque militans, piratœ infestare aggrediuntur. » (Hicher, Histor, lib. I, cap. 4.)

(2) Notamment le P. Albert Legrand et D. Lobineau.

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