‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 252 sur 392 · PREMIÈRES ÉMIGRATIONS DES CORPS SAINTS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ÉMIGRATIONS DES CORPS SAINTS

« Âllain demoura au gouvernement d’icelle province (de Vennes) qu’il deffendit au mieux qu’il put. Toutefois furent les corps des saints de Bretagne sous celle persécution (des Normands) dispersez par maintes provinces. Car, selon la Chronique du monastère de Gaël, les evesques, les abbez, les moines et les clercs s’enfuirent aux estranges régions, et les emportèrent avec leurs chartes, leurs livres et autres précieuses choses. Et rapportent les histoires des Neuf Saincts et de sainct Goueznou, mesmement plusieurs translations et legendes des anciennes églises de Bretagne ^ que S. Melaine et S. Clair sont à Bourges (1), S. Patern et S. Corentin au Mairemonstier (Marmoutier) près Tours, S. Paul et S. Meen à Fleuri (2) sus Loire, S. Tudgual à Chartres en l’eglise Nostre-Dame, S. Brieuc à Angers à Saint-Serge, S. Maclou (S. Malo) à Xaintes, S. Samson à Orléans en un monstier (moutier) dédié en son nom avec S. Tremorai (S. Tremeur) et S. Melaire, S. Magloire à Paris en une abbaj^e appelée de son nom, S. Thurianus (Turiavus, Turiau) à Paris au monstier Saint-Germain (3), S. Judicaêl à Saint-Jouin de Marne, S. Maxent (que le roi Salomon avoit fait colloquer en son monastère de Plelan) à Poictiers, et maints autres, desquels les noms et les mérités sont escrits au ciel, furent lors et AUTRES Foiz transportez de Bretaigne, en l’honneur desquels sont plusieurs venerables églises construites en France, où ils ont esté retenus sous couleur de dévotion (4). »

Le Baud, rencontrant pour la première fois dans son récit quelques-unes de ces translations de saints, a jugé bon de faire à cette occasion un résumé de tous les faits semblables relevés par lui en diverses chroniques anciennes, Vies et légendes liturgiques, mais avec la prudence et le sens critique qui le distinguent, le vieil historien a bien soin de remarquer que ces translations, mentionnées par lui en bloc pour mettre toute cette matière sous un même coup d’œil, n’ont point toutes été accomplies à l’époque dont il parle en ce moment, c’est-à-dire au temps d’Alain comte de Vannes vers 878, mais se sont produites à diverses dates, « lors et autres foiz, » c’est-à-dire, à cette époque et en d* antres temps. Et de fait, parmi les saints nommés dans ce passage, il y en a plusieurs dont la translation hors de Bretagne se rapporte certainement à d’autre temps et à des temps très divers : par exemple, S. Malo qui se n. translata i> lui-même à Saintes où il mourut et laissa son corps en 621 ; S. Brieuc dont les reliques furent transférées à Angers par le roi Erispoë, de 851 à 857 (ci-dessus p. 74) ; S. Maxent transporté à Poitiers en 924 ; S. Paul Aurélien à Fleuri ou Saint-Benoit sur Loire vers 960 ; S. Magloire à Paris dans le cours du X® siècle, etc.

Mais la plupart des auteurs modernes (notamment Albert Legrand), sans tenir compte de la réserve si nettement formulée par Le Baud, mettent tous ces déplacements de reliques en 878, et même généralisant encore davantage, ils placent sans hésiter à cette date toutes les translations de ce genre causées par la frayeur des Normands ; l’application de cette date à ces translations est à leurs yeux un véritable principe ou dogme historique. Principe très faux, car s’il y en eut quelques-unes en 878, la plupart sont postérieures à cette époque. Dogme erroné et qu’il importait de détruire, car cette erreur principale a

(1) C’est-à-dire, Rirent alors portés à Bourges, etc.

(2) L'Histoire de Bretagne de Le Baud imprimée porte : « S. Fleurent sur Loire )*, faute d’impression qui est en même temps une grosse erreur historique, car, cela désigne St-Florent le Vieil, où jamais ne séjourna le corps de S. Paul Aurélien.

(3) A l’abbaye de Saint-Germain des Prés...

(4) P. Le Baud, Hist. de Bret. impr. p. 124. — Il y a un passage analogue dans les Chroniques de Bretagne d’Alain Bouchart, édit, de 1514, f. 95 ; édit, de 1532, f. 62.

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