‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 254 sur 392 · LE « CASTEL SANT TENENAN · texte numérisé non relu

LE « CASTEL SANT TENENAN

la désoler, d’y prendre tout ce qu’ils y trouvent, et cet état de choses ne cessera que quand Dieu viendra à notre aide (1). »

L’on doit aussi, croyons-nous, rapporter à ce temps la curieuse légende (malheureusement bien altérée par Albert Legrand) des Bretons du pays d’Ach (ou bas Léon) réfugiés dans la forêt Profonde {süva Duna ou Donna) entre Plabennec et l’Elorn, où ils avaient <k amené leurs troupeaux, le plus beau et le meilleur » de leurs biens pour éviter la fureur des barbares Danois, » qui « continuans B leurs courses et ravages, pilloient et brusloient les églises du Léonnois (2). » Encouragés dans leur résistance par un bon moine du nom de Tenenan, les pauvres réfugiés parvinrent à repousser les barbares, grâce surtout aux fortifications dressées sous la direction de ce moine et dont il subsiste encore une pièce importante, — une butte factice revêtue d’une maçonnerie grossière, entourée de fossés profonds, et ayant 500 pieds de circonférence, 35 de hauteur, connue encore aujourd’hui sous le nom breton de Castel Sant Tenenan (3).

Ce ne sont là que quelques épisodes d’une lamentable histoire , venus à grand peine jusqu’à nous. Nul doute que, de 878 à 882, beaucoup de points du littoral breton n’aient eu à subir de la part d’Hasting et de ses bandes de semblables violences. Du moins ce banc de Normands n’eut-il pas l’idée d’occuper par lui-même le sol breton, de s’y implanter à demeure dans des positions fortes en expulsant ou détruisant alentour la population. Chacune de leurs courses, de leurs descentes, était une razzia, une trombe, semant le pays de ruines et de sang. Mais quand elle avait passé, les survivants, sans pouvoir complètement réparer le désastre , s’efforçaient de rétablir sur ce sol dévasté la vie sociale et religieuse. — Les successeurs d’Hasting eurent, nous allons le voir, d’autres visées.

§ 4. — Nouvelles hordes normandes en Bretagne (884^888/.

Le départ des Normands d’Hasting, qui aurait dû, ce semble, procurer quelque repos à la Bretagne, ne lui profita guère. La lutte entre les deux comtes rivaux, Alain de Brô-Weroc et Judicaêl de Rennes, continuait toujours, toujours aussi acharnée. Et de nouvelles hordes normandes ne tardèrent pas à paraître. La mort du roi Carloman, deuxième fils de Louis le Bègue, advenue le 6 décembre 884, créa dans le royaume des Gaules un véritable interrègne en appelant au trône un prince incapable par son âge de l’occuper, Charles fils posthume de Louis le Bègue à peine âgé de cinq ans (4). Tous les ennemis de la France, encouragés par cette situation critique, s’apprêtèrent à tondre sur elle, et ils n’en furent nullement détournés par le choix malheureux qui mit fin à cet interrègne en appelant au trône, à la fin de janvier 885, l’inepte et pusillanime Charles

(1) Vita S. Pauli Aureliani, auctore Wrmonoco, cap. 21 , dans Analecta Bollandiana , I, p. 254 et Revue Celtique, tome V, p. 454.

(2) Albert Legrand, Vie de S. Ténénan, § vi à ix, dans les Vies des SS. de Bret., édit. 1680, p. 288-290. ~ Sur les trois personnages du nom de Tenenan, voir notre tome I»**, p. 496 note 2.

(3) Voir Albert Legrand, Vies des SS. de Bret., édit. Kerdanet, p. 404 note 2; cf. Fréminville, Antiquités du Finistère, seconde partie ou t. II, p. 248-249.

(4) Né le 17 septembre 879. Roi plus tard, connu dans Thistoire sous le nom de Charles le Simple.

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