‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 255 sur 392 · PRISE DE NANTES PAR LES NORMANDS · texte numérisé non relu

PRISE DE NANTES PAR LES NORMANDS

le Gros (1). — Alors, selon les chroniqueurs du temps, les Normands se jetant de nouveau sur la France l’inondèrent de leurs hordes en donnant à leurs attaques une forme nouvelle, inconnue jusque-là. Au lieu de borner leurs courses au littoral, ils entrèrent dans les fleuves et les remontèrent, s’avançant plus ou moins dans les terres selon qu’ils trouvaient devant eux plus ou moins de résistance. « Ils pénétrèrent en France, continuent les chroniqueurs, par les quatre plus B nobles fleuves de ce pays, le Rhin et l’Escaut à l’EIst, la Seine et la Loire à » l’Occident, semant partout le pillage, l’incendie, le massacre, souillant de leurs B mains païennes les autels (2). b

D’après ce témoignage, par le nombre et la violence des envahisseurs cette invasion aurait été plus terrible que les précédentes. La Loire étant occupée de nouveau par ces hordes, la Bretagne ne pouvait manquer de subir de nouveaux désastres. Ils ne se firent pas attendre. Dès 886, les pirates remontèrent ce fleuve, prirent Nantes et dévastèrent tout le comté Nantais (3). L’évêque Landramn, successeur d’Hermengar sur ce siège, s’enfuit devant ce fléau et alla demander un asile contre les Normands au roi Charles le Gros, qui lui assigna pour résidence Angers et lui donna, pour son entretien et celui de ses clercs, le revenu de certains domaines royaux situés dans les environs. Accueilli et traité avec honneur par Rainon évêque d’Angers (4), Landramn resta près de lui jusqu’au moment où l’expulsion des Normands hors de Bretagne lui permit de rentrer dans son diocèse (5).

Le comte Alain de Bro-Weroc, voyant les hordes piratiques, après avoir dévasté Nantes et les bords de la Loire, se diriger à travers le Nantais vers le pays de Vannes, tenta les plus grands efforts pour arrêter leur marche ; ne se croyant pas assez fort pour leur livrer bataille, il les harcela énergiquement, leur tendit des embuscades, et parvint à leur tuer beaucoup de monde (6). De son côté, Judicaêl comte de Rennes, comprenant que ce fléau menaçait toute la Bretagne et atteindrait bientôt ses états, se mit en devoir de le combattre. Mais la haine ardente allumée entre ces deux comtes les empêcha encore quelque temps

(1) Petit-fils de Louis le Débonnaire par Louis le Germanique, il était né en 832, empereur depuis 881. Il fut déposé du trône de France le 11 novembre 887 et mourut le 12 janvier 8^.

(2) « Interea, vacillante rerum statu et regum naturalium apud Francos déficiente successione, ... gens Aquilonaris quam Nortmannos vocant, piraticam ageus novo et inaudito rétro ante temporibus modo, Franciam est aggressa. Maria primum occupans, demum ostia fluminum quœ Franciam abluunt est ingressa : subinde restans, subinde progrediens, quaqua versum sibi libitum visum est ferebatur. Qui videlicet Nortmanni per quatuor nobilissima flumina, Rhenum et Scalt ab Oriente, Sequanam et Ligerim, ab Occidente, Franciam ingressi, incendio et rapinis omnia depopulantur « etc. (Folcuini Gesta abbatum Lobiensium, dans D. Bouquet, Rec. des hist, de Fr., VIII, p. 220).

(3) c Ascendunt hi pagani per alveum Ligeris et Nannetensem urbem præclaram dévastant. A quorum facie Landramnus Nannetensis episcopus fiigiens in Andegavensem civitatem a Karolo rege Francorum cum suis clericis locum obtinuit mansionis » (D. Morice, Preuve 1, 142). Ce texte a été introduit à tort par D. Morice dans la Chronique de Nantes dont il ne fait pas partie. Mais on le trouve, avec d’autres fragments de vieilles chroniques, dans la Vêtus collectio ms. de rebus Britanniœ, p. 170.

(4) Il fut évêque d’Angers de 880 à 905.

(5) Voir sur ces faits Chronicon Namnetense, édit. R. Merlet, p. 66, 67, et spécialement la note 3 de la p. 66.

(6) « Proinde Alanus Venetensis cornes, resumpto in Domino spiritu collectisque Brittonum robustioribus quos reperire poterat, paganis Danis et Northmannis cœpit resistere, et nunc aperte, nunc occulte per viarum insidias cœpit potestatem et copias eorum diminuere • {Vet. colL ms. de reb. Britan. p. 170).

Page 1