LA BRETAGNE ENVAHIE JUSQU’AU BLAVET
de combiner leurs forces dans une action commune, aucun des deux ne voulant paraître se rapprocher de l’autre. Aussi le résultat de ces efforts fut tout au plus de contrarier, de retarder la marche des Normands, sans l’arrêter et sans mettre un frein à leurs ravages.
On arriva ainsi à l'été de 888. Les Normands partis de la Loire, marchant toujours vers l’Ouest, touchaient alors au Blavet. Ce n’était point seulement une flotte suivant les côtes, débarquant çà et là pour piller. C’était une véritable armée d’invasion occupant le pays de proche en proche, et dont la ligne d’opération appuyée à gauche sur le littoral s’étendait dans l’intérieur du pays à plus de dix lieues. En voici une preuve irrécusable. Les moines de l’abbaye de Saint-Gildas de Ruis et ceux de Loc-Menech en Moréac virent leurs deux monastères menacés en même temps par cette invasion, bien que le premier fût situé sur le bord de la mer en plein Sud de Vannes, et l’autre à plus de dix lieues dans les terres droit au Nord de cette ville. Les moines de ces deux maisons s’enfuirent ensemble, emportant avec eux leurs vases et leurs ornements sacrés, leurs chroniques, légendes, livres liturgiques, et surtout leur plus précieux trésor, les reliques de leurs saints, auxquelles les habitants de Vannes épouvantés joignirent celles de saint Patern (1). Les pirates toutefois ne se soucièrent point d’aller se heurter, avec des chances incertaines, contre le mur gallo-romain de la cité vénétique ; mais ils ruinèrent les deux abbayes, saccageant tout le pays intermédiaire et étendant de plus en plus le cercle de leurs ravages et de leur occupation.
(1) « Piratis Danorum Britanniam longe lateque depopulantibus..., Alanus Ipsam (Veneticam) provinciam regebat. Ea tempestate, duo monasteria virorum, Loc-Menecb, id est Locus Monachorum {alias Moriacense cœnobium) et locus Sancti Gildœ, effugatis habitatoribus , deserta sunt atque destructa : quorum habitatores conjuncti siraul compulsi sunt aliénas petere regiones, secum deferentes sanctorum corpora, reliquias beati Gildæ, simui cum reliquiis sancti Paterni Venetensis episcopi • {Vit. 2^ S. Gildœ, dans Mabillon, A. SS. O. S. Bened. Sœc. 1, p. 147-148). — Une partie assez considérable des reliques de S. Gildas fut cachée et conservée dans Tabbaye de Ruis, où on les retrouva plus tard. Les autres, ainsi que celles de S. Patern, furent portées dans le Berri ; nous aurons occasion de revenir sur ce sujet.
Chapiteau antique dans V église de Désu (Ci-dessus, p. 307).