‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 257 sur 392 · RÈGNE D’ALAIN LE GRAND · texte numérisé non relu

RÈGNE D’ALAIN LE GRAND

§ 1®**. — Expulsion des Normands, — Alain le Grand roi des Bretons (888),

A façon dont les Normands menaient cette guerre ne pouvait plus laisser de doutes sur leurs desseins : ils voulaient décidément conquérir la Bretagne et s’y établir à demeure en détruisant et chassant la population. Quand les deux princes bretons, Alain et Judicaêl, furent bien convaincus que tel était le plan des pirates, l’épouvante de cet eflfroyable péril fit taire leur haine ; ils se rapprochèrent l’un de l’autre et arrêtèrent en commun un plan de campagne contre les païens (1). Les divers corps de l’armée piratique se trouvaient répandus dans le Bro-Weroc depuis les environs de Vannes jusqu’au Blavet. Le plan des princes bretons fut de les prendre entre deux attaques simultanées, l’une en tête lancée contre leur avantgarde qui marchait vers l’Ouest, l’autre en queue, venant de l’Est, sur leurs derrières. Judicaêl fut chargé de la première, et Alain de la seconde. En conséquence celui-ci se rapprocha de Vannes doucement pour dissimuler sa marche, et il se trouvait sur la Vilaine aux environs de Péaule, pointant vers Questembert, c’est-à-dire à une dizaine de lieues de l’ennemi, — quand Judicaêl impatient de combattre et dont le sang — le sang de Gurwant — ne redoutait aucun péril , jaloux peut-être aussi de ne partager avec personne l’honneur du coup décisif, — Judicaêl à l’extrémité Ouest de la ligne, c’est-à-dire vers le Blavet, sans attendre l’attaque d’Alain, se précipita intrépidement sur les païens. 11 en tua des mille, des mille fmulta millial, et se jeta avec ardeur à la poursuite des fuyards. Un gros de ceux-ci, pour lui échapper, s’enferma dans un village et s’y barricada solidement. Judicaêl s’entêta à enlever ce poste bien remparé, il fut tué, percé d’un trait, et — comme il arrivait toujours alors en pareil cas — son armée victorieuse,

(1) « Illi (Alanus et Judicheïl), dum privatum siogulonnn, non commune universorum bellum ducunt et auxilium ferre alter alteri récusât, quasi Victoria unius non omnium foret, graviter ab hoste læduntur, cœduntur passim, et usque ad Blavitam fluvium omnis possessio eorum diripitur. Tune primum intelligentes quautam sibi perniciem, quantas adversariis vires discordia administraret, per internuutios se invicem confirmant, tempus et locum eundi indicunt, bellumque communibus viribus construuut » (Heginon. Chronicon, lib. Il, édit, de 1566, f. 48).

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