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GRANDE VICTOIRE DES BRETONS A QUESTEMBERT

apprenant sa mort, se débanda. Les Normands, quoique affaiblis, reprirent la liberté de leurs mouvements et en profitèrent pour se grouper et marcher'en force tout aussitôt contre la petite armée d’Alain.

Celui-ci était pendant ce temps arrivé de Péaule à Questembert. La bataille se livra dans les grandes landes voisines de ce bourg vers l’Est (1). L’armée normande comptait quinze mille hommes, les Bretons beaucoup moins. Sur sa tête, ou plutôt sur celle de la Bretagne, Alain sentit planer un danger suprême; pour mettre le ciel de son bord, il fit le vœu solennel, ratifié par tous les siens, de donner en cas de victoire la dîme de ses biens à Saint-Pierre de Rome. Puis se jetant à corps perdu sur les païens, il les extermina tous sans miséricorde, sauf quatre cents qui se sauvèrent à toutes jambes jusqu’à la mer où ils sautèrent dans leurs nefs. A cette nouvelle, les bandes restées en arrière pour achever le pillage du comté de Nantes, s’enfuirent promptement en Anjou, la Bretagne fut complètement délivrée. Proclamé chef souverain du pays par son armée (2), Alain rétablit ainsi l’unité de la monarchie bretonne, relevée par la cause même qui sous Nominoê l’avait fait naître — l’inéluctable nécessité de l’union de tous les Bretons pour sauvegarder l’indépendance nationale et l’intégrité du sol contre l’étranger.

Il est aisé de connaître la date de cette grande bataille. Les chartes d’Alain, de 878 à""888, ne lui donnent d’autre titre que celui de « comte du Bro-Weroc, provinciœ Warochiœ cornes, » c’est le seul qu’il prenne encore dans une pièce du 1®’^ août 888 (3). Trois mois après, le style est tout autre. Une notice authentique du 8 novembre 888 l’appelle « Alain, chargé du gouvernement de toute la Bretagne, ^ Alan Omni Britannicœ prœsidens regioni, d et elle nous montre « ce père de la

pairie goûtant au château de Rieux, sa demeure habituelle, un repos profond, » après avoir, avec laide de Dieu, rétabli la paix dans toute V étendue de son empire, » et fait cesser toute espèce de guerre par sa propre soumission à la servitude du B Christ B (4). Ainsi , du mois d’août au mois de novembre il est devenu « le B gouverneur de toute la Bretagne, le père de la patrie, il a fait cesser toute » guerre, établi la paix partout » — allusion évidente à l’expulsion des Normands hors de la Bretagne, à la grande victoire d’Alain sur ces pirates, obtenue par son vœu d’allégeance envers Saipt-Pierre de Rome. Donc ces grandes choses s’accom-

(1) La tradition populaire à Questembert a conservé le souvenir de cette bataille ; et le théâtre, d’après elle, en est indiqué par une série de vieilles croix du 1X« siècle, ornées de lances à crochets recourbés, plantées sur le vieux chemin de Questembert à Péaule qni se prolonge jusqu’à la Vilaine au lieu dit, dans la carte de l’Etat-major, le Château, — Ces lances à crochet sont une imitation évidente de la f ramée franke, décrite par Qnicherat, Hist. du costume, p. 87-88 ; cf. la Bgure donnée par Kurth, Clovis, p. 51. — M. de KeranBec’h a bien voulu nous communiquer les dessins de plusieurs de ces croix, reproduits dans nos fleurons.

(2) < Commisso prælio, AJanus tanta strage hostes efifudit, ut vix quadringenti viri ex quindecim millibus ad classem repedarent » (Reginon. Chronic. loc. cit.) — < Allain comte de Venues... flt Tune de ses batailles en Broguerech, en un lieu nommé Kentembert, où il flt si grant destruction des Danois, qu’elle donna terreur aux autres qui délaissèrent la région... Par la voix de tout Vexercite il fut fait duc de toute la Bretagne, selon les Chronicques Annaux, et fût par les Bretons surnommé Grand, pour la proêsse de lui et pour la grandeur de ses faits victorieux et magnifiques » (Le Band, Hist. de Bret,, imp. p. 125). — « Expulsis è Britannia paganis Danis et Northmannis, una totius exercitus voce Alaniis factus est Britanniœ dux : qui, pro maxima sui strenuitate dictus est Magnuss {Vet. coll. ms. de reb, Brit. p. 171).

(3) Cartul. de Redon, n® 239, p. 187.

(4) c Alan omni Britannicœ prœsidens regioni... fàcta pace, Deo disponente, per totum sui imperii orbem, bellisque per e{os in Christi servitute subjectionem omnino cessantibus, erat prœfatus pater patriœ in castello Reus quietissime habitans » (Cartul. de Redon, append. n» 51-52, p. 375 note).

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