‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 26 sur 392 · ET COMBATTUE PAR LES FRANKS · texte numérisé non relu

ET COMBATTUE PAR LES FRANKS

— « Seigneur prince, crie-t-il, n’écoute pas ce qu’il dit, ne crois pas une seule de ses paroles î Le lieu occupé par ces enjôleurs m’appartient, il doit m’être rendu comme étant mon héritage...

Nominoë furieux l’interrompt et le foudroie de cette apostrophe :

— t C’est-à-dire, suppôt du diable, qu’il faudrait, à ton compte, remplir ce lieu d’impies et de bandits comme toi, plutôt que de prêtres de Dieu, de moines pieux, d’hommes justes, qui ne cesseront de prier le ciel pour le salut de tout le peuple î »

Et du geste lui imposant silence et se retournant vers le moine, il se fait raconter en détail les noms, l’origine, l’histoire des six fondateurs de Redon; puis il renvoie Louhemel avec de chaudes assurances de sa protection.

Sous cette protection les moines purent terminer les constructions nécessaires; mais tout n’était pas fini. Illoc bientôt renouvela ses injures, ses menaces, assisté de son neveu Hincant (1). Pour les faire taire, pour assurer solidement la sécurité du monastère, il fallait que cette fondation fût autorisée et confirmée par l’empereur ; Nominoë n’était que le lieutenant ; l’empereur seul pouvait porter une décision définitive et souveraine, que tout le monde respecterait. Louis le Débonnaire étant venu en Limousin en octobre 832 (2), Convoion, probablement sur l’avis de Nominoë, alla le trouver au palais de Jocundiacum. Admis à l’audience impériale, il exposa sa requête. L’empereur avait près de lui deux conseillers : Ricouin comte de Nantes (3), Ragenher ou Renier évêque de Vannes. Que le comte frank se montre hostile à un protégé de Nominoë, on doit s’y attendre. Mais l’évêque, qui a eu Convoion pour archidiacre, qui connaît et apprécie ses vertus, ne peut manquer de le soutenir chaudement. Pas du tout, l’évêque et le comte chantent la même antienne :

— « Sire Auguste, clament-ils à l’unisson, nous vous en supplions, n’accordez point à ces gens-Ià leur requête, ne les écoutez même pas. Le lieu qu’ils veulent est trop important pour la force et la défense de votre empire (4). »

Et l’empereur indigné fait chasser de son palais Convoion , et il jure de ne jamais lui accorder sa demande. Ainsi la question est nettement posée : les Franks voient très bien le danger de laisser sur la Vilaine s’implanter et grandir une abbaye fortement imprégnée de l’esprit breton.

Cependant, le mois suivant (novembre 832), l’empereur étant venu à Tours (5), Convoion, Breton têtu, s’obstine à renouveler sa tentative. Il va en cette ville accosté de son ami Condeloc portant un énorme pain de belle cire blanche,

(1) Gesta SS, Roion, I, 6, 7, édit. Mabillon, p. 197-198 ; D. Morice Preuves, I, col. 237.

(2) Louis le Débonnaire donna le 4 octobre 832 un diplôme daté palatio Jnvenciaco (D. Bouquet VI, 581); c’est le même lieu que Jocundiacum (Vit. Ludov. Pii auct, Astron. cap. 47, Ibid. p. li2) ; on n’en peut jusqu’à présent préciser la situation.

(3) 11 était alors, non comte de Poitiers, comme le disent certains auteurs, mais comte de Nantes, comme le prouve un acte du Cartul. de Redon publié par D. Morice, Preuves, I, 270.

(4) « Ricowinus cornes neenon et Rainarius pontifex, qui in illis diebus erant contrarii atque adversarii sanctis monachis, dixerunt ad imperatorem : «c Quæsumus te, domine Auguste, ne adtendas et ne andias sermones eorum, quia locum quem quœrunt, in eo potest regnum vestrum confortari et roborari. » (Gesta SS, Rot, I, 9, édit. Mabillon, p. 200 ; D. Morice Pr, I, 240.)

(5) En 832, 14 novembre, diplôme de Louis le Débonnaire daté : « Actum Turonis, monasterio s. Martini ; » — le 19 nov. diplôme du même prince donné « villa Caduppa ; » — 29 et 31 décembre, deux diplômes du même donnés au Mans. (D. Bouquet, Rec, des hist, de France, Vl, p. 581, 582, 583, 584, 586.)

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