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DOUBLE VICTOIRE DES BRETONS

plus de division chez les Bretons, plus de rivalité entre les comtes de Rennes et de Nantes, tous étaient prêts à repousser avec ensemble les attaques de l’étranger ; le fils de ce Judicaêl qui deux ans plus tôt s’était fait tuer vaillamment sur le Blavet, le petit-fils de Gurwant — Bérenger comte de Rennes — le prouva bien en cette circonstance. D’après les anciennes chroniques aujourd’hui perdues, fidèlement résumées par Pierre Le Baud, voici le résultat de la double attaque des pirates :

« Les Normans (dit-il) oppressèrent par leur subite venue le peuple breton , parce que les princes du pays n’estoient pas assez appareillez à leur résister [allusion à la prise de Saint-Lô] ; mais après s’assemblèrent partie desdits Bretons sous le comte Berenger de Rennes, et firent bataille près le fleuve Coynon (Coesnon) contre une multitude desdits Normans qu’ils occirenl.

» Et Alain le Grand, avec l’autre partie des Bretons qu’il cueillit, assaillit une autre compagnie desdits Normans assez près du fleuve de Loire, dont il occist la plupart et les autres s’enfuirent.

» Et aiq^ chassèrent les Bretons les Normans de leur région (1). »

Cette fois, les enragés pirates se le tinrent pour dit, et jusqu’à la fin du règne d’Alain le Grand qui dura encore dix-sept années (jusqu’en 907), non seulement ils respectèrent la Bretagne , mais (dit un de nos chroniqueurs) a ils n’osèrent » même pas la regarder de loin (2). »

§2. — Relèvement de la Bretagne sous Alain le Grand.

A l’abri de la vaillante lance d’Alain, la Bretagne si maltraitée par les pirates put panser ses plaies, surtout cette région de la Loire au Blavet, qui avait été dernièrement (de 886 à 889) en proie à leur sauvagerie. D’accord avec les évêques, Alain s’ingénia pour pourvoir aux besoins les plus pressants, rétablir dans le pays l’ordre et le bien-être; les documents sur cette époque, de plus en plus rares, ne nous ont point transmis les circonstances de ce travail de restauration si méritoire, sauf ce qui touche le pays de Nantes.

Dès le retour de l’évêque Landramn dans son diocèse, Alain le Grand lui avait montré sa bienveillance, son désir de le seconder efficacement dans sa tâche, en lui donnant (en 889) l’important domaine de Canabiac au diocèse de Coutances.

(1) Le Baud , Hût. de Bret,, p. 127. — Les chroniques étrangères confirment les chroniques bretonnes résumées par Le Baud. Réginon et les Annales de Metz, mentionnant la fuite des Normands devant les Bretons (qu’ils placent à tort en 891), disent : « Nortmanni, duobus continuis prœliis in Britannia graviter attriii, in regnum Lotharii classem transferunt. » (Reginon. Chron,, édit. 1566, f. 49 ; D. Bouquet VIII, p. 71). La Chronique anglo-saxonne, qui à cette époque s’occupe souvent des gestes des Normands en France, porte (traduction Edm. Gibson) : « An. skl... Hoc anno, discesserunt pagani de Sequana ad Sand-Laudan (Saint-Lô), qui locus situs est inter Britannos et Francos. Brittones autem cum eis depugnabant, et potiti sunt Victoria, eosque compulerunt in quemdam fluoium, eorumque multos demerserunt » (Chron. Saxon., édit. Gibson, p. 90). — Dans Réginon nous avons la double défaite des Normands mentionnée par Le Baud, et dans la Chron. anglo-saxonne le fleuve (Coesnon et Loire) qui dans chacune de ces défaites Joua un rôle important.

(2) « Alanus Magnns Britanniœ duz lactus est : quo facto, minime Normanni temporibus suis ausi fuerunt intrare Ligerim i (Chronic. Namnet., édit. Merlet, p. 67). — « Northmanni, quandia Alanus fortissimus princeps vizerat, nec a longe Briianniam respexerant » (Vet. coll. ms. de rebus Britanniœ, p. 171).

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