‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 262 sur 392 · ALAIN LE GRAND PREND LE TITRE DE ROI DES BRETONS · texte numérisé non relu

ALAIN LE GRAND PREND LE TITRE DE ROI DES BRETONS

§ 3. — La royauté d'Alain le Grand.

Quelques chroniqueurs assez récents, suivis par beaucoup d’historiens modernes, ont signalé le règne d’Alain le Grand comme l’époque où le titre de roi cessa d’être donné au souverain de la Bretagne. C’est une erreur. On a trois diplômes de ce prince depuis 888, date de son avènement; dans l’un il prend le titre de duc : Je Alain par la grâce de Dieu duc du pays de Bretagne !> (1) ; dans un second celui de roi : « Je Alain par la grâce de Dieu pieux et pacifique roi des » Bretons, i» et à la souscription : « Signe d’Alain, très^glorieux roi (2); dans le troisième il prend l’un et l’autre titre : a Au nom du Dieu Tout-Puissant, nous » Alain roi, duc souverain des Bretons, et à la souscription : « Signe du très- » pieux et très-miséricordieux roi des Bretons Alain » (3).

Dans cette dualité de titre froi et ducj rien d’étonnant. Nous l’avons constaté plus d’une fois : aux yeux des anciens Bretons, les mots rex, dux, princeps avaient la même valeur et indiquaient tous un chef souverain et indépendant ; parfaitement dédaigneux du protocole, ils employaient pour exprimer cette idée l’un on l’autre de ces trois termes sans y attacher aucune différence. Nominoë recevait d’habitude dans les chartes le titre de t duc » ou « prince de toute la Bretagne ; b les chroniqueurs, Reginon entre autres, lui donnaient celui de roi. — Erispoê reçoit dans les chartes les titres de « duc, b de « prince, b de d roi de Bretagne b : lui-même prend ce dernier dans un diplôme solennel : « Herispogius gentis Britanniœ rex. b — Salomon dans les siens s’intitule « duc et prince des Bretons, — prince de toute la Bretagne et d’une grande partie de la Gaule ; b ce qui ne l’empêche pas de formuler ainsi sa souscription : « Signe de Salomon roi de Bretagne, b Pascweten et Gurwant ne portèrent que les titres de prince ou de comte; celui de roi disparut alors momentanément, et il en fut de même sous leurs successeurs Alain et Judicaêl jusqu’à la mort de ce dernier en 888 (4).

11 n’y eut donc à cet égard aucune innovation sous Alain le Grand ; comme ses prédécesseurs, il prit indifféremment l’un et l’autre titre : il n’y aurait même pas à noter le fait, s’il n’était utile de couper court à l’erreur sans nul fondement répétée par nombre d’auteurs, attribuant la prétendue extinction du titre royal en Bretagne à Alain le Grand, tandis que c’est lui, au contraire, qui, en relevant après une interruption de quatorze années la royauté unitaire, le ressuscita.

Sur Alain le Grand, les documents sont beaucoup plus rares que sur les trois autres rois bretons du IX^ siècle. Le peu qui en reste nous montre en lui un prince tout à fait de même famille : même physionomie, mêmes mœurs, mêmes idées ;

(1) « Ego Alanus, Britanniœ regionis gratia Dei dux » (Chronic. Namnet. édit. Merlet , p. 69 ; D. Morice, Preuves l, 142).

(2) « Ego Alan, gratia Dei pius et paciflcus rex Britanniœ.... Signum Alani gloriosissimi regis » (D. Morice, Preuves I, 332-333).

(3) « Nos in nomine omnipotentis Dei Alanus rex, summus Brittonum dux.... Signum piissimi ac misericordissimi Brittonum regis Alani » {Chron. Namnet. édit. Merlet, p. 74, 77 ; D. Morice, Preuves 1, 143, 144 ; mais à la souscription Tédition de D. Morice porte « Brittonum ducis » au lieu de c Brittonum regis. » La version de M. Merlet est préférable.

(4) Sur les titres donnés aux souverains bretons du IX* siècle, voir A. de la Borderie, Chronologie du Cartulaire de Redon, dans Annales de Bretagne, V, p. 558, 571, 574, 577, 583-584.

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