‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 270 sur 392 · DE 914 A 917, — ILS SONT BATTUS A GUÉRANDE · texte numérisé non relu

DE 914 A 917, — ILS SONT BATTUS A GUÉRANDE

vaillance hors ligne. En de telles circonstances, si la Bretagne venait à subir du dehors une attaque sérieuse, évidemment elle serait mal défendue. Perspective encourageante pour les agresseurs. Les chefs normands, les rois de mer, si ardents aux exploits piratiques ne pouvaient manquer cette belle occasion. Du fond de la Norwège ils préparèrent une expédition. Les vikings (coureurs de mer) affluèrent pour une entreprise où le triomphe semblait facile et le profit considérable (1), — car la Bretagne délivrée presque entièrement depuis 890 du fléau piratique, était redevenue prospère. Au printemps 914, une flotte normande très forte, « une grande armée navale, » comme l’appelle la Chronique Saxonne, vint infester les côtes de Bretagne, commandée par les rois de mer Ohlor et Hroald nommés ci-dessus, — car on ne peut douter que la flotte qui de notre Bretagne passa en Angleterre en 917-918, ne soit celle même qui avait dès 914 attaqué la Bretagne.

Pendant trois ou quatre années cette flotte assaillit continuellement le littoral breton, y fit de nombreuses descentes, pénétra plus ou moins dans l’intérieur, sema sur bien des points l’incendie et la dévastation. Le fait malheureusement n’est pas contestable, mais du détail des événements, sauf la destruction de l’abbaye de Landevenec mentionnée plus haut, on ne sait presque rien. On a lieu de croire toutefois que pendant la durée de cette nouvelle infestation, la ville de Nantes ne fut pas prise par les pirates. Ils semblent même avoir trouvé dans le pays Nantais une résistance sérieuse et essuyèrent à Guérande un rude échec, que Pierre Le Baud, en son vieux style naïf, chaud et coloré, rapporte d’après les documents hagiographiques :

« Iceux Normans (dit-il), hommes diaboliques, nageant (naviguant) par la grant mer, costoyant Neustrie et Bretaigne, vindrent ou territoire de Venues, puis se appliquèrent (2) à Guerrande, une ville située près le rivaige de la grant mer Océane , lors grandement peuplée et , pour la grant habundahce du sel , très riche. Les habitans, véans la grande multitude de nefs armées apportans iceux pirates — un genre d’hommes desquelx le souverain désir estoit espandre sang humain, captiver les hommes et se enrichir de leurs despouilles — furent tellement espouventez qu’ils ne savoient quelle part tourner (3)... Jà s’espandoient les anemis par la terre ; au son de leurs trompes les habitans se appelèrent , se avancèrent ensemble, et lors touz fuyrent à l’eglise du glorieux confesseur saint Aulbin, lequel grandement ils honorent en celles parties ^ et dont Guérande possédait dès 854 une insigne relique (ci-dessus p. 281, note 1). — Si les pauvres Guérandais étaient en tel désarroi, ce n’est pas qu’ils manquassent de cœur ; ce dont ils manquaient c’était un chef qui se mît à leur tête pour leur donner l’exemple, pour animer et diriger leur résistance : « car ils n' avaient (dit Le Baud) aucuns chiefs, ducs, princes ou gouverneur en terre qui pugnast pour leur tuicion (4) et defense, » Eperdus ils supplient saint Aubin de les secourir. Il le fit : comment? « Il leur envoya un chief d dit Le Baud. Tout à coup parait devant eux < un chevalier à armes resplendissantes qui de nul d’eux n’estoit connu d et qui leur dit :

(1) Ce laot viking ou wïking est interprété < coureur de mer » par Depping, Expéditions des Normands ; d*autres auteurs le traduisent par t hommes des golfes » ou des c anses. »

(2) Puis débarquèrent.

(3) lis ne savaient quel parti prendre.

(4) Qui combattit pour leur défense.

Page 1