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ÉMIGRATION DES MOINES DE LANDEVENEC AVEC LE CORPS DE S. GWENNOLÉ

installations, des postes militaires, refoulant devant eux les indigènes, dont plusieurs, navrés de ces cruels désastres, commencèrent dès lors à sortir de Bretagne pour chercher dans l’intérieur de la France un asile contre les païens.

De ce nombre furent, entre autres, les moines de Landevenec, qui après la destruction de leur monastère en 914 prirent la route de Texil avec les reliques de saint Gwennolé sauvées par eux à grand peine. Ils traversèrent en diagonale toute la région . intérieure de la péninsule bretonne, se tenant le plus loin possible des côtes, où les pirates renouvelaient sans cesse leurs descentes, et se dirigeant vers le Sud-Est, c’est-à-dire vers la frontière de l’Anjou. Chose curieuse : à l’autre bout de la Bretagne, à cinquante lieues de Landevenec, dans une paroisse rurale écartée, où l’on ne connaît pas même le nom de cette abbaye, à Pierric, la tradition populaire garde encore le souvenir de cette caravane monacale (1) :

a Saint Guingalois (2), disent les gens de cette paroisse, a passé par Pierric, non pendant sa vie mais après sa mort. Son corps, renfermé dans une châsse très lourde et porté par des hommes tout noirs, vint du côté du soleil couchant et traversa la paroisse par une ancienne route suivant la vallée de la Chère, rive gauche, à une demi-lieue ou trois quarts de lieue de cette rivière. Cela se passait dans la saison d’été, car les arbres étaient entièrement feuillés et il faisait très chaud. Le corps arriva, avec grande fatigue pour les porteurs, à une chaîne de rochers de difficile accès, loin de toute habitation et de toute eau potable. Les bons moines qui le portaient mourant de soif, le chef de la troupe, un saint (disent les gens de Pierric) pria saint Guingalois d’obtenir de Dieu qu’il leur procurât de l’eau : en même temps il frappa le rocher de son pied, qui s’y enfonça en formant un pas profond , c’est-à-dire un creux (en forme de pied) d’où sortit une eau très fraîche dont les porteurs étanchèrent leur soif.

» Il n’y avait alors qu’une chapelle à Pierric. Plus tard on y bâtit une église, à laquelle on donna saint Guingà ou Guingalois pour patron, en mémoire du miracle des rochers de Pengré (3).

Aujourd’hui encore, à 1,200 mètres environ au Sud-Sud-Ouest du bourg de Pierric, près des villages de Geston et de la Houssaie, dans le champ de Pengré ou Pigré, on voit une masse de rochers formant une crête, et sur l’un d’eux une cavité de 20 à 25 centimètres de profondeur, en forme de pied, toujours pleine d’eau même dans les plus grandes sécheresses, dite fontaine du Pas de Saint — En outre dans deux paroisses voisines, où les saints de la Cornouaille ne sont par ailleurs nullement connus, plusieurs frairies ou sections de paroisse ont

(1) Pierric auj. du de Guémené-Penfau , arr. de Saint-Nazaire, Loire-Inférieure. — Cette tradition a été recueillie et publiée, avec un fort intéressant commentaire, par M. le M>> Régis de TEstourbeillon, article intitulé Itinéraire des moines de Landevenec fuyant les Normands, dans Bull, archéol. de VAss. Bret. Congrès de Saint-Pol de Léon (1888), p. 45 à 83.

(2) Ainsi appellent-ils S. Gwennolé, de la forme latine Guingaloius.

(3) Assoc. Bret. Archéologie, Congrès de Saint-Pol de Léon, p. 49. — L’émigration des moines de Landevenec ne peut avoir été une suite de la grande invasion normande de 919 dont nous parlerons tout à l’heure : car cette invasion, étant partie de Nantes et de la Loire pour se répandre en Bretagne en marchant vers l'Ouest, si les moines de Landevenec s'étaient dirigés vers Pierric, c’est-à-dire vers le comté Nantais, ils seraient allés se jeter dans la gueule du loup. Les émigrants bretons de 919 prenaient, nous le verrons, pour sortir de Bretagne , une direction tout autre, celle du Nord-Est. Il fout donc voir dans l’émigration des moines de Landevenec la conséquence naturelle, sinon forcée, de la destruction de leur monastère en 914.

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APRÈS LE DÉPART d’OHTOR ET DE HROALD (917).

pour patrons des disciples de S. Gwennolé : en Massérac, frairie de Conç, patron S. Rioc; en Avessac, frairies de Penhoët et de Gauresac, patrons S. Walai et S. Martin d'Armorique. Impossible d’expliquer en ces parages le culte des saints spéciaux de Landevenec, sinon par le passage et le séjour plus ou moins long des moines émigrants de cette abbaye chassés par la destruction de 914 (1).

Après cette halte à Pierric, ils reprirent leur route, franchirent la frontière bretonne et se dirigèrent vers le Nord-Est de la Gaule ; nous verrons plus loin où ils s’établirent.

Il y eut sans doute d’autres émigrations partielles causées par les ravages des hordes normandes d’Ohtor et de Hroald. Quand ces bandes eurent quitté l’Armorique pour infester l’Angleterre (en 917-918), non sans laisser derrière elles sur le continent, comme pierres d’attente d’invasions futures, quelques postes et colonies piratiques, la situation pendant un certain temps resta la même en Bretagne, toujours troublée, précaire, incertaine, sans sécurité, comme aussi sans grands combats, sans luttes entre Bretons et Normands dont l’histoire ait conservé le souvenir.

En 919, tout à coup, le caractère des événements change. Une trombe énorme fond sur la Bretagne à grand fracas, armée d’une puissance de destruction effroyable.

(1) Voir L’Estourbeillon , liinér. des moines de Landevenec, Ibid. p. 50 et 53.

Les croix de Questembert : la croix Tuin. (Gi-dessug, p. 332, note 1.)

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