‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 275 sur 392 · PRISE DE NANTES PAR LES NORMANDS EN · texte numérisé non relu

PRISE DE NANTES PAR LES NORMANDS EN

cette dernière calamité fut peut-être la plus douloureuse, car la Bretagne semblait par là même abandonnée de ses grands patrons et vénérés fondateurs : — « L’arbitre D éternel du monde (dit une autre chronique) ayant permis aux pirates de dévaster 1» la terre de Bretagne et de la réduire en servitude, la nation qui l’habitait, » accablée par les envahisseurs, abandonna ses demeures paternelles et se dispersa » en divers climats. Mais en s’exilant, les indigènes emportèrent avec eux des 'b trésors plus précieux que l’or pur, — les dépouilles sacrées de leurs saints ! B II serait long hélas I d’en dire les noms et le nombre (1). d

Tels sont les traits généraux de cette catastrophe, dont quelques détails seulement sont venus jusqu’à nous. Le plan des pirates étant de s’établir dans la Loire, il leur fallait tout d’abord s’emparer de la clef de ce fleuve, c’est-à-dire de Nantes. Leur flotte « faisant grand tapage » (2) vint l’assiéger. L’ancienne muraille gallo-romaine, rompue sur beaucoup de points n’était plus une défense; mais l’évêque Foucher, nous l’avons vu (p. 336), l’avait remplacée par une enceinte de moindre étendue, bien fortifiée, qui entourait la cathédrale et qu’on appelait le château icastrumj. A l’approche des Normands, toute la population de Nantes s’y réfugia, sauf quelques retardataires qui se laissèrent tuer ou prendre par les Normands. Parmi la population réfugiée dans le château il n’y avait « nul bon défenseur, mais seulement a des petiz hommes, c’est-à-dire du peuple, des artisans, des marchands, tout au plus ce qu’on appela plus tard des bourgeois. Les Normands, pensant les effrayer par leurs cris et leurs menaces, assaillirent le château impétueusement, mais sans prendre les précautions nécessaires pour un siège sérieux, a Toutefois les petiz hommes se deffendirent vertueusement jusqu’à la nuit, d et alors les Normands, recrus de fatigue, très maltraités, furent contraints d’abandonner l’attaque et de regagner leurs navires mouillés dans la Loire, pour manger et se reposer.

Ils comptaient bien venger cet échec le lendemain , prendre le château avec tousses défenseurs. Mais ceux-ci épouvantés par l’énorme multitude des assaillants, et s’apercevant qu’ils n’avaient pas laissé de postes devant la place assiégée, en profitèrent pour se sauver pendant la nuit, emportant avec eux leurs biens les plus précieux, notamment les vases sacrés et les ornements de l’église de Nantes. Ils partirent à minuit a et s’enfuirent (dit la Chronique de Nantes) chascun où il » put, l’evesque Adalard avec tousses clercs jusqu’en Bourgoigne. » Le lendemain matin, quand les Normands vinrent assaillir de nouveau le château, il n’y avait plus personne sur les murs ; à l’intérieur de la place, quand ils y eurent pénétré, personne non plus et, qui pis est, peu de butin à faire. Il fallut bien se contenter de ce peu. Entrés dans la cathédrale, a tout ce qui estoit illec demouré des despouilles y> et des ornemens, le portèrent à leurs nefs, puis mirent le feu en la couverture » de l’église et la bruslèrent, et aussi desrompirent les murs du chasteau (3). »

(1) a Cum æternus Arbiter a piratis perroitteret depopulari minoris Britanniœ tellarem et illam redigi in solitudînem, tune illius gens accola a supervenientibus oppressa, relictis sedibus avitis, per diversa orbis climata dispersa est. Exeuntes autem sacra sanctorum pignora, mundo obrizo pretiosiora, secum asportaverunt. » {Ex ms. codice abbatiœ Kempereleg., dans D. Morice Preuves I, 342.)

(2) c Isti Normanni furiosi per fluvium Ligeris cum ingenti strepitu navium ascendentes » (Chron. Namn.f éd. Merlet, p. 83).

(3) Voir Le Baud, Hist, de Bret. inéd., Biblioth. Nat. ms. fr. 8266, f. 129 col. 2 et 129 v^; Chron. Namnet., édit. Merlet, p. 84-87.

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