QUI EMPORTENT HORS DE BRETAGNE LES RELIQUES DES SAINTS BRETONS
entre eux, examiner de concert la situation, voir enfin si la dure nécessité de Texil s’imposait absolument, non seulement pour leur sûreté personnelle mais surtout pour celle des dépôts sacrés remis à leur garde. L’assemblée eut lieu à Lebon même, sous la présidence de Salvator évêque d’Aleth. On voyait là rassemblés les corps ou les reliques insignes d’un grand nombre de saints bretons venues de tous les coins de l’Armorique, entre autres, dit-on, les corps entiers de S. Malo, de S. Magloire, de S. Lunaire, de S. Guenaël, des reliques plus ou moins importantes de S. Brieuc, de S. Corentin, de S. Méloir, et de S. Trémeur, de S. Budoc évêque de Dol — tous illustres dans les fastes religieux de la Bretagne, — et de quelques autres encore dont on ne sait plus guère que les noms parce que les manuscrits contenant leur histoire se sont perdus dans l’exil, par exemple, un abbé S. Wiganton ou Guéganton, probablement l’un des premiers successeurs de S. Meen au monastère de Gaël ; trois pieux évêques S, Leutiern, S. Leviau, S. Kiferian (1), plusieurs autres encore, dont les noms ont échappé aux chroniqueurs. Ceux qu’on vient de rappeler montrent assez qu’il y avait là des prêtres, des moines, des reliques, de tous les coins de la Bretagne.
L’évêque d’Aleth opina le premier (2) : en présence de l’invasion normande submergeant comme une marée effroyable la péninsule bretonne, l’exil lui semblait une nécessité inéluctable. Conclusion navrante pour tous, et pour tous hélas ! trop évidente. On vit donc bientôt une triste et longue procession de prêtres et de moines, escortant les précieuses châsses pleines d’ossements sacrés, sortir de Lehon et marcher vers la frontière bretonne. Au delà de cette limite, à peine l’avaient-ils franchie, ils rencontrèrent un autre convoi du même genre ayant à sa tête deux prélats, l’archevêque de Dol et l’évêque de Baïeux, emmenant avec eux les corps de saint Samson fondateur du siège de Dol, de saint Senieur (ou Sénateur) évêque de Baïeux, de saint Paterne (ou saint Pair) et de saint Scubilion, patrons du diocèse d’Avranches (3). Ces deux troupes unissant leurs infortunes errèrent ensemble assez longtemps dans l’intérieur de la France sans qu’on connaisse le détail de leur odyssée ; sans doute elles s’égrenèrent peu à peu en
(1) Voici, d'après la Translatio S. Maglorii, la liste des reliques qui accompagnèrent, dans son exil hors de Bretagne, le corps de saint Magloire :
« Corpus videlicet beati Samsonis Dolensis archiprœsulis , Maglorii ejusdem [locij archiprœsulis , Machuti episcopi , Senatoris episcopi , Leonorii episcopi , Wenali (ou Wenaèli) sacerdotis ; reliquiœ Briomagli [i. e. Brioci] et Corentini, Leutherni (ou Lencerni) episcopi, Leviavi (ou Leoiani) episcopi, Ciferiani episcopi; partes pretiosorum corporum Melorii et Tremori, Wigantonis abbatis, Scofili abbatis; pars corporum Paterni et Scubilionis; denssancti Budoci n {Transi. S. Magl. dans Mabillon, Ibid., p. 720; Boll. Ibid., p. 792; R. Merlet, Ibid., p. 245-246).
Les corps ou reliques de S. Samson , S. Senieur (Sénateur) , S. Patern et S. Scubilion ne furent pas déposées à Lehon ; les émigrants sortis de ce monastère rencontrèrent (on le verra tout à l’heure) ces reliques et leurs porteurs de l’autre côté de la frontière bretonne. — Notons aussi comme assez étrange la mention ici faite de reliques de S. Brieuc, car le corps de ce bienheureux fut trouvé entier en 1210 en l’église de Saint-Serge d’Angers, dans la sépulture où l’avait déposé avant 858 le roi Erispoê (voir ci-dessus, p. 74 note 3).
(2) « Quamobrem, adhortante venerabili Salvatore episcopo, sumptis multorum sanctorum pignoribus quæ per fidelium manus undique illuc dcvecta fuerant , sacrisque ccclesiœ codicibus et signis, aliisque ecclesiasticis utensilibus, exules egrediuntur a finibus suis b {Transi. S. Magl. Ibid., Mabillon, p. 719; Boll., ibid., p. 791 ; Merlet, p. 244).
(3) « Jam metas excesserant patriæ [i. e. Britanniœ], cùm Dolensis necuon et Baiocensis ecclesiœ ministri se illorum hæserunt (ou junxeruut) comitatui, ferentes secum sancti patriarchœ Samsonis, necnon et gloriosi episcopi Senatoris, sanctoruraque pontificum Paterni et Scubilionis veneràbiles artus, unà diu multumque per extera et incognita loca peregrinaturi {Id., Mabill. Merlet, ibid.; Boll., ibid., p. 791-792).