ÉMIGRATION DES CORPS SAINTS DU LÉON ET DE LA CORNOUAILLE
plus ou moins importants, plus ou moins nombreux, de plusieurs des reliques qui s’étaient trouvées réunies avec lui dans la salle conventuelle de Lehon. A Paris il resta d’abord quelque temps sans faire grande figure ; mais à la suite de certains incidents dont le récit semble bizarre, les grands ducs des Franks dont nous parlions tout à l’heure, épris de piété et de grande vénération pour ces saintes reliques, firent ériger sur les rives de la Seine, afin de les y déposer, une belle et riche abbaye qui pendant tout le moyen-âge vécut, illustre et puissante, sous le nom de Saint-Magloire de Paris.
Dans le trésor des saintes dépouilles confié temporairement (en 919 ou 920) au monastère de Lehon, la Cornouaille — à en croire le document allégué cidessus (1) — n’était représentée que par quelques reliques de son premier pontife saint Corentin, et le pays de Léon par aucune. Cependant ces deux régions ne furent pas à cet égard plus favorisées que le reste de la Bretagne : « Hélas! » Cornouaille infortunée ! (dit un antique manuscrit existant jadis à l’abbaye de Quimperlé) il serait long d’énumérer toutes les chères dépouilles de tes saints » que tu perdis alors, et qui ne te sont jamais revenues! (2). » Outre celles de S. Corentin et de S. Gwennolé dont il a été question plus haut (p. 353 et 364), la Cornouaille perdit aussi le corps de S. Ronan et sans doute bien d’autres. Selon un auteur des premières années du XI® siècle, le Léon se vit enlever, de la même façon et pour les mêmes causes, les os de S. Hervé, de S. Maian, de S. Conogan (3) ; il y ajoute ceux de S. Goulven transférés à Rennes, mais à tort, car c’était ce saint lui-même qui de son vivant s’était volontairement transféré sinon à Rennes du moins au pays rennais, où il mourut et reçut la sépulture. Quant au corps de saint Paul Aurélien il fut, parait-il, très bien caché et ne quitta point le Léon à ce moment ; il en sortit seulement vers 960 dans des circonstances particulières que nous ferons connaître plus tard.
Achevons cette histoire sommaire de la fuite des prêtres, des moines et des reliques devant les Normands, en revenant (comme nous l’avons promis p. 354), aux émigrés de Landevenec. Ils avaient à leur tête leur abbé Benedic successeur de Wrdisten, et l’évêque de Cornouaille nommé Clément. Une fois sortis de Bretagne ils s’étaient dirigés vers le Nord-Est en se rapprochant de la mer, ils cherchaient un port peu éloigné de la Grande-Bretagne, pour se rendre en ce pays avec leurs reliques. Ils avaient passé la Seine, la Somme, puis une rivière moindre appelée l’Authie ; ils s’arrêtèrent environ cinq lieues plus haut, très près de l’embouchure d’un cours d’eau assez considérable, la Canche. Sur la rive gauche de cette rivière s’élevait l’abbaye de Saint-Judoc ou Saint-Josse fondée au VII® siècle par un prince breton de ce nom, qui s’était sauvé jusque-là, au fond du Ponthieu, à plus de quatre-vingts lieues de la Bretagne, afin d’échapper au trône de Domnonée sur lequel son frère Judicaêl, pressé de se retirer dans le cloître.
(1) La Translatio S. Maglorii, voir ci-dessns p. 364 note 1.
(2) « Heu, tu Cornugallia infelix I Longum est intimare quœ et quot sanctomm chara , supradicto tempore, perdidisti pignora, nullatenus, proh dolor! ad te reversa. » (D. Morice Preuves I, 342.) II finit pourtant par en revenir d*assez beaux morceaux.
(3) c (Gorpora) Hoarnei, Conogani, Maiani et aliorum, quorum nomina sunt in cœlis scripta, propter perfidam nequitiam temporis, in alienis malunt ecclesiis venerari » (Vit. S. Goeznovei, auctore Guillelmo presb3rtero anno 1019, dans Vet. colL ms. de reh. Brit., p. 50).