ET LE CORPS DE S. GWENNOLÉ A MONTREUIL SUR MER
de Saint-Corentin (évêque de Quimper) , Benedic abbé de Saint-Gwennolé (c’est-àdire de Landevenec), Urvoet abbé de Saint-Tudual (Saint-Tudi ?) et plusieurs autres fidèles (1).
C’est là le rappel d’un acte passé en Cornouaille avant l’exil, depuis une vingtaine d’années au moins, acte dont Hepwou ne possédait plus l’instrument et qu’il est obligé d’attester par une déclaration formelle soutenue, il est vrai, de quelques témoins encore vivants, entre autres, l’abbé Benedic. Après avoir ainsi établi son droit exclusif sur l’église du Saint, Hepwou en fait la dation solennelle à saint Gwennolé, c’est-à-dire à la communauté monastique de Landevenec transportée à Montreuil, mais toujours placée sous le patronage de son fondateur. C’est ce que dit clairement la souscription :
« Cela fut fait dans le château {in castello, en la ville murée) de Montreuil , le » dimanche, dans le cloître de Saint- Walois, en présence de nombreux témoins, » savoir : le comte Helgaud et son fils Herluin (2), l’abbé Benedic, le prévôt » Ridetwet, le doyen Martin, » puis dix moines portant presque tous des noms bretons très caractérisés : Caraduc, Wethenoc, Heucomarch, Retchar, Catwaran, Loêsguoret, etc., et quelques laïques, Bretons aussi : Dereic, Jlethmeren, Holechet, etc.
Voici donc la communauté monastique de Landevenec complètement réorganisée dans l’exil : le cloître, l’abbé, le prévôt, le doyen, dix moines rangés en cercle dans le cloître autour de l’abbé et du donateur (3), et sans doute il n’y a ici, pour témoins choisis de cette donation, que les principaux personnages du monastère. Auprès du monastère, un groupe de laïques bretons, non sans importance, qui avaient accompagné les moines dans leur exil. Et tout ce monde, prêtres et laïques, si convaincus de la prochaine délivrance de la patrie bretonne,
(1) € Comparavi ipsam ecclesiam Sanctus a fratribus meis de auro atque argento et caballis optimis, et aliam terram, meam propriam hereditatem, dedî eis ut esset michi specialiter in œternam hereditatem à cunctis fratribus meis. )» — Wrmaêlon étant ici qualifié simplement comte de Cornouaille (Wrmaêlon cornes Cornubiœ) et non roi de Bretagne, le fait dont il fut témoin doit être antérieur à la mort du roi breton Alain le Grand, c*est-à>dire à 907. C’est donc là aussi l’époque de l’évêque Huarwethen (Huarwthen episcopo sancti Chourentini), qui a été transporté dans le IX* siècle par le Catalogue des évêques de D. Morice (où son nom est écrit par faute d’impression Huarwetherius, Hist. de Bret., Il, p. xxiv) et ensuite par le Gallia Christiana (tome XIV), qui voudrait identifier Huarwethen avec Anauweten (voir ci-dessus p. 268). L’erreur de ces deux catalogues vient d’une erreur primitive de D. Morice. Dans le Cartulaire de Landevenec cette charte de Vecclesia Sanctus est affublée de la date fausse de 954 (voir ci-dessus p. 371 note 2) ; D. Morice, en l’imprimant dans les Preuves de Vhist, de Bret., I, 337, a trouvé moyen de rendre cette date encore plus fausse en la transformant , sans doute par faute d’impression , en 854. Voilà comment cet évêcpie des premières années du X* siècle a été fort indûment transplanté au milieu du IX*. Nous lui rendons sa vraie place. Voir Cartul. de Landevenec, édit. A de la Borderie, n* 24, p. 154.
(2) « Haélchodiis cornes ejusque filius Herlewinus. » {Id. ibid., p. 155). Haêlchodus est le nom écrit à la bretonne d’Helgaud II comte de Ponthieu, mort en 926, et Herlewinus c’est son fils Herluin II, après lui comte de Ponthieu de 926 à 945; voir sur ces dates VArt de vérifier les dates (édit, de 1784), t. II, p. 750-751. — Pour fixer la date de cet acte on n’a d’autre élément que la présence du comte Helgaud, mort en 926, ce qui place forcément cet acte avant 926 ou en cette année au plus tard. — Au XI* siècle, le copiste du Cartulaire de Landevenec, après avoir transcrit cette pièce, imagina d’ajouter à la fin , mais tout à fait en dehors de son texte , la date de l’an 954 , suivie de nombreuses notations (épacte , indiction , concurrents , terme pascal , etc.) très discordantes entre elles. 11 n’y a nul compte à tenir de cette fantaisie chronologique, si maladroitement bâclée qu'elle contri^it formellement le texte de l’acte, en mettant cette donation un vendredi (in V* feria, pridie Idus Augusti), tandis que le texte la met positivement un dimanche : « Hoc peractum est in castello Monsteriolo, in die dominico, in claustro S. Wingualoei » etc. {Id, Ibid.).
(3) c Coram domino abbate Benedicto et coram istis monachis qui in circuitu meo sunt, » dit le donateur Hepwou (Ibid., p. 154).