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LEUR TRAITÉ AVEC LES FRANKS EN

leur donnent des otages garantissant la tranquillité du reste de la Gaule (1). Nous verrons bientôt si cette nouvelle paix fut mieux observée que celle de 921. Auparavant parlons d'une interprétation singulière, à laquelle a donné lieu ce traité de 927.

Par celui de 921, le roi de France ou son représentant avait concédé aux Normands la Bretagne — c'est-à-dire la Bretagne indépendante de Nominoë, — et le comté de Nantes, c’est-à-dire la Marche franko-bretonne. Quelques auteurs se sont étonnés d’une seconde concession de ce comté en 927, jugeant qu'elle devait faire double emploi. Il n'en est rien. Le comté de Nantes était un domaine propre de la couronne, qui, après avoir été donné en bénéfice par Charles le Chauve, aïeul de Charles le Simple, au roi de Bretagne Erispoë et à ses successeurs, était revenu au roi de France à l'extinction de cette lignée. On l'avait de nouveau donné en fief au roi des Normands de la Loire, mais sous la condition obligatoire de la fidélité du bénéficiaire envers le concédant. Cette fidélité n'ayant été observée d'aucune façon par les Normands de la Loire , la concession de ce fief, d'après la législation des bénéfices, était par là même devenue caduque ; il était donc nécessaire de la renouveler.

Autre difficulté. La Bretagne avait été concédée aux Normands de la Loire en 921 avec le comté de Nantes : pourquoi le traité de 927, qui renouvelle la concession de ce comté, ne dit-il rien de la Bretagne?

La raison en est simple. La Bretagne n'était pas, comme le comté de Nantes, un domaine propre du roi de France. Charles le Chauve, en 846, à la suite de la bataille de Ballon, en reconnaissant Nominoë pour chef indépendant de la Bretagne telle qu'elle existait alors (sans la Marche franko-bretonne comprenant Rennes et Nantes), ne lui avait demandé aucun serment de fidélité, — cette reconnaissance résultant d’un traité international, d’un acte diplomatique, nullement d'une concession bénéficiale. Au contraire, les rois Erispoë et Salomon, gratifiés à titre bénéficiaire de la Marche franko-bretonne et d'autres territoires du domaine royal, promirent pour ces bénéfices fidélité au roi des Franks (2). Il en fut de mên^ au X® siècle à l’égard des Normands de la Loire. La royauté franke reconnut à leur chef, en 921, la possession de la Bretagne comme les rois bretons en avaient joui, c'est-à-dire à titre indépendant. Cette reconnaissance une fois faite restait, quoi qu'il arrivât, comme un traité politique, et il n’y avait point à la renouveler. Au contraire, la concession bénéficiale du comté de Nantes étant devenue caduque par la révolte du bénéficiaire (Raghenold) contre le seigneur concédant (le roi de France), pour rendre la jouissance de ce comté légitime entre les mains des Normands, il était nécessaire de renouveler la concession, — et c’est ce qu’on fit en 927.

Mais cette absence du mot de Bretagne dans le traité de 927 a donné lieu à une explication très erronée. On a dit que Flodoard avait retranché ce mot « pour se corriger, » c’est-à-dire pour constater qu'il s’était trompé en attribuant plus

(1) c Hugo filius Rotberti et Heribertus cornes contra Normannos pergunt qui super fluvium Ligerim morabantur... Nordmanni de Ligeri, postquam obsessi sunt bebdomadibus quinque ab Heriberto et Hugone, datis acceptisque obsidibus et concesso sibi pago Namnetico , pacem pepigere Francis » (Flodoardi Chronicon, ann. 927, Ibid., p. 184).

(2) Voir ci-dessus, p. 50 note 2 (Nominoë), p. 72 note 2 (Erispoë), p. 86 note 5 (Salomon).

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