SOULÈVEMENT DES BRETONS RESTÉS EN BRETAGNE
haut, en 919 et 921, aux Normands de la Loire toute la Bretagne (omnem Britanniam) sans aucune réserve (1). Par l’absence de ce mot Flodoard, sous l’an 927, veut dire (prétend-on) que les Normands de la Loire possédaient seulement le comté de Nantes — auquel on veut bien adjoindre la Cornouaille au moyen d’un contre-sens dans l’interprétation du corna Galliœ de 919, et l’on arrive ainsi à présenter — soi-disant sur la foi de Flodoard qui ne s’en doutait pas — la Bretagne armoricaine comme partagée, de 919 à 937, en deux zones et en deux dominations : la zone Sud (comté de Nantes et Cornouaille) aux Normands de la Loire ; la zône Nord (tout le reste de la péninsule) aux Normands de la Seine. Ce système purement imaginaire a été fabriqué, on le devine, pour donner quelque apparence raisonnable aux fables de Dudon de Saint-Quentin : il ne trouve, on le voit, aucun appui dans le texte de Flodoard sur le traité de 927 ; il n’en trouve aucun nulle part, nous le montrerons ici et ailleurs (2).
§ 2. — Les Normands de la Loire et ceux de la Seine de 927 à 933.
L’attaque subie en 927 par les Normands de la Loire, bien qu’elle n’eût duré que cinq semaines, les affaiblit sans doute un peu plus que celle de 921 , car cette fois iis restèrent deux ans sans violer la paix jurée et reprirent seulement en 930 leurs ravages dans l’intérieur de la Gaule. Cette longue abstinence leur pesait : ils s’en dédommagèrent en se jetant avec furie sur l’Aquitaine en 930 et y commettant toutes les dévastations, toutes les horreurs imaginables (3). Cette féroce invasion jeta partout un grand émoi. Le roi Raoul leva dans le Nord et dans le centre de la Gaule une armée formée de douze corps, avec laquelle il marcha en Limousin où il trouva les Normands et leur livra bataille : les pirates ne purent supporter l’effort de la cavalerie royale et prirent la fuite ; les troupes d’Aquitaine leur barrèrent le chemin, et il en fut fait un grand carnage (en l’an 930) (4). Mais comme la Scandinavie ne cessait de leur envoyer des recrues, ces vides devaient être bientôt comblés. Toutefois, l’année suivante (931), craignant le renouvellement de cette terrible attaque , les Normands , pour être prêts à y faire faire face, dégarnirent un peu leurs postes de Bretagne et massèrent sur la Loire la plus grande partie de leurs forces. Ces diverses’circonstances rendirent quelque courage aux pauvres Bretons restés en Bretagne, courbés, accablés sous l’odieuse oppression et les féroces traitements des pirates dont ils brûlaient de se venger. L’occasion leur paraissant favorable, ils se soulevèrent contre eux. Voici comme Flodoard parle de cette révolte :
« En l’an 931 , les Bretons restés dans l’angle (ou) l’extrémité de la Gaule /in » cornu GalliœJ sous le joug des Normands, se soulevant, le jour de la fête saint » Michel contre ceux qui les avaient conquis, massacrèrent, dit-on, tous les
(1) Dudon de Saint-Quentin, édition Lair, Introduction, p. 69 note 4.
(2) Voir aux Eclaircissements du présent volume la note sur les fables de Dudon de Saint-Quentin,
(3) < Rodulfus rex piratas Galliam Âquitanicam irrupisse per legatos comperiens, eamque hostiliter debacchantes infestasse.,. » (Richer, Histor. lib. I, cap. 66).
(4) Flodoardi Chron. ann. 930 dans D. Bouquet VIII, p. 186; Richer, Hist. I, cap. 57.