ET MASSACRE GÉNÉRAL DES NORMANDS (EN
» Normands qui demeuraient parmi eux, à commencer par leur chef, appelé » Felekan (1). t — Ce Félékan était sans doute le successeur de Raghenold dans le commandement des Normands de la Loire.
L’expression in cornu Galliœ ne s’applique point encore ici au pays particulier dit Cornubia ou Cornouaille, et ne peut désigner autre chose que l’angle N.-O. de la Gaule, c’est-à-dire toute la péninsule bretonne, comme le mot Bretons (BritonesJ s’applique sans aucune réserve, sans aucune distinction, à tous les Bretons restés en Bretagne depuis l’invasion de 919. Quant aux Normands massacrés par ces Bretons, il s’agit ici exclusivement des Normands de la Loire, car Flodoard dit nettement que les Bretons « s’insurgent contre les Normands qui les avaient subjugués [adversus eos qui se obtinuerant) ; » or Flodoard ne connaît, ne mentionne nulle part comme ayant conquis les Bretons et la Bretagne d’autres Normands que ceux de la Loire ; et ici il ajoute que a tous les Normands demeu- » rant en Bretagne parmi les Bretons (omnes Nordmannos qui inter eos [Britones] B morabanturi b étaient du nombre de ceux qui avaient conquis ce pays. Donc, aux yeux de Flodoard, en 931, il n’y avait pas en Bretagne d’autres Normands que des Normands de la Loire (2).
Sur la manière dont s’accomplit cette grande et héroïque entreprise de la Saint-Michel 931 , notre historien Pierre Le Baud — d’après quelqu’une de ces vieilles chroniques aujourd’hui perdues qu’il cherchait avec tant de soin et reproduisait si fidèlement, — fournit quelques détails curieux :
€ Adonc (dit-il) ceux qui en la région estoient demourez s’assemblèrent et armèrent, et leurs occupeurs (3) assaillis chassèrent par, terre et par mer. Pourquoi il est à sçavoir que Juhaêl, le comte de Rennes, fils de Berenger duquel a esté parlé devant (4), assembla exercite des Bretons et entreprint les débouter du pms. Si les assaillit à Kan par bataille, et premier Flestan (5) leur duc, qui avecques grand puissance desdits Normans vint fièrement contre Bretons espérant les vaincre comme aux temps devant ; mais ledit Flestan fut navré dès le commencement de Testrif (6) et chut mort entre les siens. Lesquels adonc, par celle adventure destituez d’espérance de victoire, fuirent au rivage de la mer où ils avoient plusieurs nefs ancrées ; mais avant qu’ils peussent entrer dedans, ils furent ratteints par les Bretons qui s’en vengèrent cruellement : car les uns navrez de plusieurs plaies mortelles se précipitèrent dedans la mer salée, et les autres les Bretons détranchèrent sur les bords de leurs navires. Et tant que, de merveilleuse multitude desdits Normans qui s’estoient assemblez contre Juhaël Berenger, n’en demoura que peu en vie, que les Bretons gardèrent pour en avoir rançon (7). »
Sans aucun doute il s’agit dans ce passage de la même insurrection dont parle Flodoard. Si l’on connaissait mieux la chronique traduite ici par Le Baud, la
(1) « Anno 931. Interea, Britones qui remanserant Nordmannis in cornu Galliœ subditi, consurgentes adoersus eos qui se obtinuerant, in ipsis solemniis Sancti Michaêlis omnes interemisse dicuntur qui inter eos morabantur Nordmannos, cseso primé duce illorum Domine Felecan » (Flodoard! Chron. Ibid., p. 187).
(2) Ce fait bien avéré démontre clairement la fausseté de Texplication qui interprète le traité de 927 comme attribuant seulement aux Normands de la Loire la zône Sud de la Bretagne et réservant le reste aux Normands de la Seine ; voir ci-dessus , p. 375-376.
(3) Leurs occupeurs, ceux qui occupaient leur territoire, c’est-à-dire les Normands.
(4) Celui qui avait battu les Normands sur le Coésnon en 890 , ci-dessus p. 334.
(6) Flestan ou Flescan , c’est le Felekan de Flodoard.
(6) Estrif, combat, choc, bataille.
(7) Le Baud, Hist. de Bret impr., p. 132.