‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 293 sur 392 · QUESTION DE LA MOUVANCE DE LA BRETAGNE · texte numérisé non relu

QUESTION DE LA MOUVANCE DE LA BRETAGNE

de le posséder jusqu’à la mort de ce prince en 907, et même jusqu’à la catastrophe de 919, car on ne peut citer ni fait ni texte prouvant qu’on l’ait enlevé aux Bretons avant cette date. Par contre, impossible de prouver que les Normands de la Seine l’aient possédé avant 933. Cependant les partisans des fables de Dudon de Saint-Quentin veulent à tout prix que terra Britonum, dans le texte ci-dessus, désigne non le Cotentin mais la Bretagne. « Le Cotentin, disent-ils, n’a jamais reçu un tel nom. > — La Bretagne non plus, partout ailleurs on l’appelle non terra Britonum mais Britannia. Flodoard connaît très bien la valeur de ce dernier terme : en 919 il nous montre les Normands de la Loire inondant omnem Britanniam, toute la Bretagne, — en 921, les Franks acceptant, consacrant ta conquête de cette même Bretagne (BritanniamJ par ces Normands, — enfin, en 931, après la grande révolte de la Saint-Michel, Incon le chef des Normands de la Loire rétablissant leur domination sur la Bretagne, Britanniam. Donc quand Flodoard se sert du terme terra Britonum, par là il entend autre chose que par Britannia.

D’ailleurs si ce terme désigne ici la Bretagne; si c’est la Bretagne, déjà donnée depuis 921 aux Normands de la Loire, que la royauté franke eût donnée en 933 à ceux de la Seine, voyons les conséquences. Incon et ses bandes viennent tout récemment de reconquérir non sans peine tout ce pays et d’en expulser tous les Bretons : ils y sont maîtres absolus. Si le roi des Franks a réellement donné la Bretagne, soit entière, soit en partie (comme d’autres disent) à Guillaume Longue- Epée et si celui-ci veut s’en mettre en possession, à qui aura-t-il affaire ? Non aux Bretons vaincus, détruits, expulsés, mais à leurs vainqueurs, à Incon et aux siens. La conséquence forcée eût donc été une rude guerre entre Normands de la Seine et Normands de la Loire ; guerre qui eût fait certainement grand bruit. Or nulle part on n’en trouve la moindre trace ; nous verrons au contraire un peu plus loin, qu’en 936-937 les Normands de la Loire étaient toujours maîtres de la Bretagne. 11 est donc clair que la terra Britonum de 933 ne peut être la Bretagne et doit être le Cotentin, clair en outre que si les Normands de la Seine furent gratifiés de la Bretagne en 933, ils ne purent arriver à en prendre possession.

Malgré la flagrante invraisemblance de leur interprétation, les partisans des fables dudoniennes persistent à voir dans cette terra Britonum la Bretagne, parce qu’ils croient trouver là une preuve convaincante (à leur avis) de la soi-disant concordance de Flodoard et de Dudon. C’est ce qu’il faut examiner. Nous ne pouvons nous dispenser d’introduire cette discussion dans notre texte. Car c’est ici It point décisif de la grosse querelle si bruyamment agitée aux XVII® et XVIII® siècles, et qui a laissé des traces notables dans les événements de notre histoire, — la question de savoir si la Bretagne a été régulièrement, par un fait certain, par un titre authentique et légitime émanant du roi de France, placée sous la mouvance, c’est-à-dire dans la dépendance féodale du duché de Normandie (1). On insiste peu en général sur la prétendue cession primitive de la Bretagne qui aurait été faite à Rollon dès 911 par Charles le Simple; il y a contre elle tant d’objections, tant d’invraisemblances, que cela décourage. Mais en 933, on se vante d’avoir pour soi Flodoard, et alors on exhibe complaisamment la narration (1) Le nom classique de cette querelle c’est : Question de la mouoance de la Bretagne.

Page 1