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LES FABLES DES NORMANDS DE LA SEINE

» pour subjuguer les Bretons. Ceux-ci, terrifiés de son arrivée mais refusant de » le servir, se cachent derrière les murs de leurs villes. Alors Guillaume occupe 1» avec son armée toute la Bretagne, omnem terram Britannorum [notez ce mot]

et détruit beaucoup de forteresses (1). » Puis Guillaume évacue la Bretagne et revient à Rouen : les Bretons donnent en plein dans le panneau. Ils s’élancent sur les traces des Normands, envahissent et ravagent la Normandie. Lie duc les laisse s’engager jusqu’à Baïeux, puis avec son armée exécutant un mouvement tournant, il leur barre le chemin de la frontière bretonne (2), leur livre une grande bataille, les bat (soi-disant) à plates coutures, entre de nouveau en Bretagne, la dévaste à fond (comme si Incon lui avait laissé quelque chose à faire) et réduit tous les Bretons à la famine. « Alors, dit Dudon, Bérenger et » Alain et le reste de leurs compatriotes, se voyant impuissants à triompher de » Guillaume, lui envoient un message suppliant, Ici Dudon, pour flatter ses bons amis normands, prête aux Bretons la plus plate supplique; entre autres choses, ils sont censés dire au duc :

« Regardez en maître miséricordieux vos serviteurs coupables. Aveuglés par tes B conseils des méchants, nous avons méprisé les prescriptions de votre autorité. B Nous avons menti à notre serment prêté sous la garantie de la foi religieuse ; » mais nous nous repentons d avoir péché contre vous et d’avoir abandonné votre B service. Usez donc envers vos méchants esclaves de votre bonté et de votre B généreuse miséricorde, b

Guillaume — tempérant habilement la sévérité par la clémence — se laisse toucher par cette prière à plat ventre. Il pardonne entièrement à Béranger à qui Dudon donne te titre de duc de Bretagne (3) ; mais il est plus sévère pour Alain, dont il plait à Dudon de faire a le principal auteur et exécuteur de cette B rébellion ; b Guillaume le banit de la Bretagne « avec les siens, b et la crainte que lui inspire le courroux de ce prince c oblige Alain à quitter la France et à B chercher (dit Dudon) un refuge en Angleterre près du roi Athelstan (4). b

Rien de plus grotesque et de plus invraisemblable que ce récit.

Quant à la concordance relevée par les apologistes de Dudon entre son texte et celui de Flodoard sous l’an 933, Dudon l’a artificieusement simulée en employant à dessein pour désigner la Bretagne l’expression terram Britannorum, copiée sur la terra Britonum de Flodoard; et comme Dudon place nettement sa terra Britannorum à l’Ouest du Coêsnon, il n’y a nul doute sur la synonymie qu’il veut introduire entre ce terme et le mot Britannia, Bretagne. Mais si Dudon affecte de donner à ce terme une telle signification, il n’en résulte nulle-

(1) « Tune Willelmus occupavit exercitu sno omnem terram Britannorum, et subvertit plurima loca munitioDum » {Dudon , Lair, p. 185). Ici Dudon reprend Texpression de Flodoard, afin de l’interpréter dans le sens des prétentions normandes, caria terra Britannorum de Dudon étant à l’Ouest du Coêsnon ne peut être que la Bretagne. Ce truc n’est pas sans malice.

(2) c Igitur Willelmus, revocato exercitu, prœoccupavit regressum illorum... obtinuitde inimicis triumphum » {Id., Ibid.).

(3) « Berengerum, ducem Britannorum, gratuita pietate recepit. » {Id., Ibid.)

(4) c Alannum vero, qui hqjus rixæ et jurgii auctor et incentor fuit, Britannica regione cum suis extrusit. Ipse vero in Britannia nec in tota Francia usquam morari, ob metum Willelmi duels, nequivit; sed profugus expetivit auxilium Alstemi Anglorum regis b {Id., Ibid.)

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