COMPLÈTEMENT RÉFUTÉES PAR FLODOARD
ment que Flodoard, écrivant près d’un siècle auparavant, ait entendu la lui attribuer. Pour tâcher de le faire croire, les dudoniens disent :
— Dudon rapporte tout à fait au commencement du règne de Guillaume Longue-Epée après la mort de son père, c’est-à-dire à l’an 932, la conquête de la terra Britannorum à l’Ouest du Coêsnon, c’est-à-dire de la Bretagne, faite par ce duc sur les princes bretons Bérenger et Alain. Flodoard de son côté nous apprend qu’en 933, quand le même Guillaume alla, comme héritier du duché de Normandie, prêter serment de fidélité au roi des Franks, celui-ci lui donna la terra Britonum. N’est-il pas évident que ce don fut la confirmation, la reconnaissance par le roi de la possession de la Bretagne si vaillamment conquise par les Normands de la Seine ? —
Si l’on objecte que, d’après le témoignage fort explicite de Flodoard, les Normands de la Loire, très différents de ceux de la Seine, étaient alors, depuis l’invasion d’Incon en 931 , plus que jamais en pleine possession de la Bretagne, les défenseurs de Dudon répondent qu’il s’agit ici non de toute la Bretagne mais d’une moitié seulement, à savoir de la zone nord attribuée à Rollon et à ses successeurs, le reste demeurant soumis aux Normands de la Loire. Invention fort ingénieuse, mais que Dudon a démolie d’avance en faisant conquérir par Guillaume Longue-Epée sur les Bretons omnem terram Britannorum, c’est-à-dire, toute la Bretagne, et en prêtant au prince breton Bérenger vaincu par Guillaume le titre de duc de Bretagne, qui place sous sa puissance ce pays tout entier.
D’autre part, nous l’avons montré plus haut (p. 377 et 378), le témoignage de Flodoard prouve nettement qu’en 931 il n’y avait en Bretagne d’autres Normands que ceux de la Loire, et qu’après l’expédition d’Incon ils étaient seuls maîtres de tout le pays, où il ne restait plus de Bretons. Situation qui demeura la même sans changement de 931 à 933, — qui est la négation formelle de la soi-disant concordance de Flodoard et de Dudon, — qui ne permet point de prêter à la terra Britonum de Flodoard la signification de Bretagne et oblige à lui donner celle de terre des Bretons, c’est-à-dire appartenant ou ayant appartenu aux Bretons, nommément : Avranchin et Cotentin. Situation enfin d’où il résulte que, — dans cette Bretagne d’où Incon avait chassé depuis deux ans les derniers petits groupes bretons restés çà et là après 919 (1), dans cette Bretagne vide de Bretons quand Dudon s’amuse à faire parler, agir, parader devant nous un peuple breton, des princes bretons, des armées de Bretons absolument chimériques, il n’y a là autre chose qu’une pure fantasmagorie, une fable audacieuse imaginée de toutes pièces pour flatter la vanité des ducs normands.
Laissons ce rêve, il en est temps, revenons à la triste et poignante réalité.
(1) « Victis et pervasis, et cæsis vel ejectis Britonibus. »