RÉSURRECTION
;oici devant nous en effet la Bretagne morte ^ abandonnée du ciel et de la terre, de Dieu et des hommes...
Son sépulcre même est vide. Ses fils vivants ont émigré aux plages étrangères, aux contrées lointaines. Ses vieux saints, les fondateurs de sa nationalité terrestre et ses protecteurs célestes, l’ont délaissée.
A la fête du grand archange, à la Saint-Michel 931, elle a fait pour revivre un grand effort. De son cercueil elle s’est levée droite et terrible, elle a écrasé ses oppresseurs. Mais d’autres sont venus plus nombreux, qui l’ont terrassée et qui ont scellé sur elle la pierre de la tombe.
Maintenant c’est fini. Son sol n’a d’autres habitants que des hordes normandes, retranchées çà et là dans leurs lignes fortifiées, sur ses rivages. Partout ailleurs le désert, le silence, la ruine, la mort.
§ — La préparation.
Cependant du fond de cette tombe sort un gémissement. Là-bas, dans les ruines de Landevenec, dont les moines furent des premiers à quitter le sol breton, on voit des ombres errer. En voici même une qui chante ou plutôt murmure et déplore la ruine de la patrie bretonne :
oc Hélas ! dit-elle, elle est là gisante, dépouillée de tout l’éclat de ses triomphes, mutilée par le massacre de ses puissants chefs, gémissante, vaincue, pliée en deux sous le joug étranger. Jadis elle célébrait sans mesure de joyeux festins, elle était vaine de ses pompes. Maintenant s’accomplit sur elle la menace proférée par le prophète contre Ninive la superbe : oc Où sont maintenant les palais des lions et les gras pâturages des lionceaux? (1). i N’était-ce pas des lions, ces héros qui couraient le monde en enlevant des proies, terribles et en même temps avares du sang et de la vie des hommes? Et les lionceaux n’ont-ils pas souvent trouvé ici de gras pâturages ?
Quand notre terre avait la beauté et la parure de la jeunesse, quiconque
(1) Allusion à ce passage du prophète Nahum (cap. ii, v. 11) : « Ubi est habitaculum leonum et pascua catulorum leonum ? >