‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 299 sur 392 · JEAN, ABBÉ DE LANDEVENEC , APPELLE EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

JEAN, ABBÉ DE LANDEVENEC , APPELLE EN BRETAGNE

donner l’exemple et lever la bannière, faire surgir tous les courages et les mener ' à l’assaut; sans quoi rien de fait, nul ne voulait bouger.

N’ayant pas trouvé en France cet initiateur, l’abbé Jean avec plusieurs de ses moines se rendit, probablement par mer, à Landevenec et de là, caché dans les ruines du monastère, continua son enquête. L’abbaye de Landevenec possédait des domaines fort étendus, toute la presqu’île de Crozon, les paroisses de Telgruc, Argol, Trégarvan, Dineault, Saint-Nic, etc.; elle avait donc de nombreux fidèles, colons et tenanciers. Depuis l’invasion de 919, ces tenanciers s’étaient, paraît-il, réfugiés dans les rochers inaccessibles dont sont hérissées les côtes de Crozon et avaient ainsi trouvé moyen d’échapper aux Normands. Apprenant le retour des moines, ils s’empressèrent de venir à eux et de leur offrir leurs services, ayant à leur tête deux fidèles ou vassaux, renommés pour leur bravoure et leur influence sur les derniers Bretons restés en ce pays, — Amalgod et Wethenoc. Les renseignements reçus d’eux par l’abbé Jean le confirmèrent dans l’idée qu’une attaque contre les Normands, bien combinée, bien menée, pouvait réussir. C’est alors qu’il fit composer par l’un de ses moines ce poignant tableau des misères de la Bretagne sous le joug normand que nous avons cité plus haut, qui se termine par un cri d’espoir, par un véritable appel aux armes, et fut sans doute répandu parmi les Bretons comme un manifeste patriotique.

L’abbé Jean voulut savoir à quoi s’en tenir sur l’état et la force des divers groupes et des divers postes de pirates formant alors l’occupation normande en Bretagne. Il y envoya des agents pris parmi ses fidèles et qui, usant de ruse et de déguisements, lui fournirent les renseignements désirés (1). Les Normands étaient encore nombreux dans la péninsule bretonne; mais depuis la victoire d’Incon et la défaite des Bretons en 931 , vivant dans une sécurité profonde sans crainte aucune, ils se gardaient mal et pouvaient être surpris par une vive attaque.

L’abbé Jean persista de plus en plus dans son projet. Il s’agissait de découvrir l’initiateur, le chef de l’entreprise : il fallait un chef jeune, vaillant, robuste, capable par son nom et sa naissance de donner confiance à tous et de faire taire, au besoin, toute rivalité. Jean crut avoir trouvé tout cela dans le jeune prince Alain, petit-fils d’Alain le Grand par Matuédoi comte de Poher dont on a parlé plus haut (p 347-348). Alain, on le sait, était alors à la cour d’Athelstan roi d’Angleterre. Jean lui dépêcha là des hommes de confiance, qui le mirent au courant de tout et le pressèrent fortement de venir en personne diriger, pousser l’attaque contre les pirates. Alain accepta, et avant qu’il eût mis le pied en Bretagne, Jean s’occupa de lui recruter des partisans, de lui former une petite armée; il fit prêter serment de fidélité au jeune prince par ses fidèles, notamment par Wethenoc et Amalgod (2).

Ainsi celte grande et héroïque entreprise de la délivrance de la Bretagne fut

(1) «( Iste Johannes satisfactione deservivit inter barbaros plurimaque inter généra Normannorum » (Cartul. de Landevenec, édit. A. de la Borderie, p. 166).

(2) « Alanus dux Britonum... tradidit de sua propria hœreditate S. Wingualoæo ejusque abbaii Joanni, quia vocavit ilium infra mare atque inviiavit, et jusjuràndum juraverunt gus (Joannis) Rdcles illi (Alano) antequam venisset, bi sunt Amalgod et Wethenoc, super altare S. Pétri apostoli )» (Id, Ibid.).

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