‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 3 sur 392 · FONDATION DE LA MONARCHIE BRETONNE · texte numérisé non relu

FONDATION DE LA MONARCHIE BRETONNE

trouva presque toujours divisée elle-même et afîaiblie par diverses causes : d’abord par le partagé presque constant de la monarchie en plusieurs royaumes ;

— au VII® siècle par les guerres civiles, par la lutte entre la Neustrie et TAustrasie ;

— au VIII® par les invasions sarrazines, etc.

Ces invasions vaincues, la vaillante race qui avait eu la gloire de les refouler, la race de Pépin de Herstall et de Charles Martel devait fatalement arriver au trône et constituer fortement l’unité de la monarchie franke. Ainsi restaurée, unifiée et solidement constituée, cette monarchie devait sans peine triompher des Bretons éparpillés, émiettés, et abattre facilement leur liberté.

C’est ce qui arriva. Mais alors l’horreur du joug étranger, la fière et énergique passion de l’indépendance dompta dans le cœur des Bretons leur obstinée et déplorable tendance à la division de la souveraineté et au particularisme. Pour s’affranchir du joug des Franks ils se résignèrent enfin à s’unir sous un seul chef, qui se trouva être un homme de génie, et cet homme de génie — le roi Nominoë — fonda l’unité politique de la Bretagne et de la nation bretonne sous la forme d’une monarchie qui vécut avec honneur, avec gloire, pendant plus de soixante ans et étendit ses limites assez loin au-delà de celles gardées par la province de Bretagne jusqu’en 1789.

Au bout de ces soixante années, la passion funeste de la division et de l’émiettement parcellaire de la souveraineté reprit le dessus, dans le moment le plus inopportun, — alors que les hommes du Nord, les terribles pirates normands et danois, effrayaient l’Europe de leurs ravages. Par le long développement de son littoral la Bretagne était pour eux, comme pour les Saxons du V® siècle, une proie prédestinée. On ne pouvait se défendre de leurs attaques qu’au moyen d’une énergique concentration du pouvoir et de toutes les forces du pays; au lieu de se concentrer ces forces se divisèrent : division qui livra la Bretagne aux affreux destructeurs piratiques pendant près de trente ans.

L’excès du mal, l’horreur de ce fléau contraignit les Bretons, quoi qu’ils en eussent, à revenir au seul remède capable de les en délivrer, c’est-à-dire, à l’unité du commandement, du pouvoir souverain, à la concentration de toutes les forces de la nation. Groupant donc tous leurs efforts, ils réussirent à chasser de la péninsule les odieux pirates, à reconquérir le sol sacré de la patrie, à s’y maintenir définitivement, mais en y maintenant aussi l’institution qui avait procuré leur triomphe, — l’unité du pouvoir et des forces nationales sous la forme de l’institution monarchique.

Telle est l’esquisse générale du drame historique très mouvementé, que nous allons voir se développer dans notre Troisième Epoque.

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