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BARBETORTE PASSE EN BRETAGNE EN

Il fit connaître son dessein au roi Athelstan qui lui donna quelques vaisseaux pour le porter en Bretagne et une petite troupe pour Taider à combattre les Normands, odieux à ce prince comme frères des Danois, fléau de l’Angleterre, que son père et lui avaient combattus.

Avec cette flottille, en 936, Alain Barbetorte franchit la Manche (1) et vint aborder à une grève voisine de la ville de Dol , où il trouva , pour le renforcer et lui donner des renseignements utiles, le corps de troupes préparé par l’abbé Jean, commandé par ses fidèles Amalgod et Wethenoc. Tout près de là vivait une colonie normande établie dans le monastère de Dol. Alain à peine débarqué va l’assaillir. Ils étaient en fête, en liesse, ces Normands, ils célébraient une grande noce. Alain les surprit au milieu de leurs « joyeux esbatements, b comme dit Le Baud, leur fit danser une autre danse et les détrancha, detruncavit, > jusqu’au dernier. Ayant su là qu’une autre bande de Normands était fortement retranchée à Saint-Brieuc , il s’y rend par mer, les attaque, les force et massacre tout ce qu’il y trouve (2).

A dix lieues environ dans le Nord-Est de Saint-Brieuc, vers la pointe nord du pays de Goëlo, dans le territoire de la paroisse actuelle de Plourivo, sur les sommets rocheux et très escarpés qui bordent la rive droite du Trieu, les Normands pour garder et surveiller l’embouchure de ce fleuve, avaient établi un fort camp retranché, dont on voit encore les restes près du village de Lancerf : vaste retranchement en terre dessinant une enceinte de forme trapézoïdale entourée de fossés profonds ; dans un des angles s’élève une motte ou butte factice sur laquelle existe la base d’une tour hexagonale en pierre (3). Après avoir détruit la colonie normande de Saint-Brieuc , Barbetorte vient attaquer ce repaire — plus redoutable, selon la tradition, que les deux précédents, par la force de son enceinte et le nombre de ses défenseurs. La lutte fut, dit-on, très acharnée et dura tout un jour. Enfin, les Normands ayant perdu beaucoup de monde, contraints de reculer devant les Bretons, poussés jusqu’au sommet des rochers dominant le cours du Trieu, furent de là précipités dans le fleuve (4).

Ici, comme à Questembert, pour trophée de leur victoire sur les païens, les Bretons ont érigé des croix, de ces grosses croix de granit plates, avec de robustes croisillons. On en voit deux de la sorte dans le cimetière de la chapelle de Lancerf ; une troisième un peu plus loin, sur une lande plantée de pins, est ornée au centre d’une sorte de disque ; enfin une quatrième , sur la limite de Plourivo, près de la Chapelle-Neuve, porte sept lignes d’une inscription latine malheureusement très fruste, relative, ce semble, aux Bretons tombés sur ce champ de

(1) a Anno 936... Britones à transmarinis regionibus, Alstani regis prœsidio, revertentes, terram suam répétant. » (Flodoardi Chron. dans D. Bouquet VIII, p. 190.)

(2) « Quum autem primum applicuisset Dolo monasterio , reperit ibidem turbam Normannorum nuptias celebrantem, quam ex improviso aggrediens detruncavit omnem. Deinde audiens quod apud Sanctum Briocum alia habebatur, navigavit illuc et quoscumque invenit Normannos gladio interfecit » (Chron. Namnet., édit. Merlet, p. 89).

(3) Cette enceinte est dite aujourd'hui Castel Auffret ; la tour de pierre au sommet de la motte peut avoir été construite au XI* ou XII* siècle ; au X* elle devait être plutôt en bois ; mais l'origine normande de cette fortification ne semble pas douteuse.

(4) Ces traditions sur la bataille d'Alain Barbetorte contre les Normands existent toqjours dans la paroisse; elles sont relatées dans divers ouvrages; voir, par exemple, Jollivet, les Côtes-du- Nord, I, p. 295.

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