‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 302 sur 392 · ET ATTAQUE IMPÉTUEUSEMENT LES NORMANDS · texte numérisé non relu

ET ATTAQUE IMPÉTUEUSEMENT LES NORMANDS

bataille, et où Ton peut lire encore ces quelques mots : vixe[rvnt in doImino

OMNES, MVNDO REDIDER. IN XRISTVM... (1)

L’offensive hardiment prise par Barbetorte fut un coup de maître. Elle décèle en ce prince non seulement l’audace personnelle indispensable pour une telle entreprise, mais encore le génie inné de l’homme de guerre, le coup d’œil du grand capitaine qui entouré de dangers discerne immédiatement la voie la plus sûre pour en sortir et s’y jette sans hésiter.

L’entreprise de Barbetorte était des plus périlleuses ; il n’avait avec lui qu’une très petite armée. S’il était après son débarquement resté inactif, s’il n’avait pas attaqué de suite les Normands, il leur aurait laissé le temps de connaître sa faiblesse ; toutes les colonies, tous les postes des Normands en Bretagne auraient réuni leurs forces et combiné une attaque commune ; Alain eût été bientôt entouré, enveloppé par des forces très supérieures, sa perte en de telles conditions était certaine. — Au lieu de cela, à peine débarqué, quand les pirates ignorent encore son dessein et même son arrivée, il fond sur eux et prompt comme la foudre détruit coup sur coup trois de leurs repaires, peut-être davantage, mais nous n’avons plus que ces trois noms-là (2). Ce triple désastre, bientôt connu par toute la Bretagne, jette dans toutes les colonies normandes de la péninsule une vraie panique ; on croit le prince breton suivi d’une armée redoutable ; une partie des pirates effarés se jettent dans leurs barques et se sauvent en d’autres climats (3). La plupart toutefois restent en Bretagne, mais iis évitent les Bretons, ils massent leurs forces pour leur résister.

Hors de Bretagne la nouvelle des victoires d’Alain Barbetorte, répandue rapidement, produit un effet inverse ; elle comble de joie et d’espoir tous les émigrés bretons, dont les plus jeunes, les plus vaillants, jaloux de prendre part à la grande partie qui se joue en Bretagne, se hâtent d’y rentrer et de se mettre sous les ordres du fils de Matuédoi (4) qui se trouve ainsi à la tête d’une armée déjà respectable par le nombre, invincible surtout par l’ardeur du sentiment national, par le feu patriotique dont elle est animée.

En face des succès rapides de Barbetorte et de l’accroissement de ses forces,

(1) Voir Gaultier du Mottay, Répertoire archéol. des Côtes-du-Nord , p. 213; Annuaire des Côtesdu-Nord de 1372, p. 52-57, avec un dessin de la croix à inscription, dont on propose, hypothétiquement cette lecture : Animæ (pour homines) vixe | runt in Do mino omnes | Mvndœ Donec | HEDiDERint I IN Xristum be | ncDiCERE | EEsurgentes,

(2) Quelques auteurs voudraient cependant qu’AIain, après être débarqué en Bretagne en 936, n’eût commencé les hostilités que l’année suivante. Flodoard ne parle pas d’hostilités en 936 , mais il ne les exclut pas, et la Chronique de Nantes prouve clairement que l’expédition d’Alain contre les Normands de Dol eut lieu immédiatement après son débarquement : Quum primum appUcuisset , Dolo reperit turbam Normannorum, quam ex improoiso aggrediens, detruncavit omnem. » — 11 était impossible d’ailleurs, par la seule force des choses, qu’Alain Barbetorte une fois débarqué en Armorique, la guerre ne s’engageât pas aussitôt entre lui et les Normands; s’il ne les avait pas attaqués, il eût été attaqué par eux, mais dans des conditions très désavantageuses pour lui, au lieu de l’avantage évident et décisif que son offensive immédiate lui donna contre eux.

(3) A prendre à la lettre la Chronique de Nantes, on croirait même que tous les Normands évacuèrent aussitôt la Bretagne : « Hoc rumore audito, qui erant per totam Britanniœ regionem dispersi, totam terram dimiserunt » (Edit. Merlet, p. 89). Erreur évidente, ou plutôt simple négligence de rédaction, car la suite du récit de la Chronique montre qu’il en resta beaucoup en Bretagne. A l’annonce des succès d’Alain, quelques bandes purent prendre la fuite, mais la plupart restèrent; seulement leurs postes dispersés çâ et là se rejoignirent et se concentrèrent sur les points les plus ûivorables à la résistance.

(4) « Britanni vero , ex totis partibus venientes ad Alanum , ilium super se ducem erexertint et constituerunt » {Chron. Namn., éd. Merlet, p. 89).

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