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CONCENTRATION DES NORMANDS A NANTES

ne lâchaient leur proie, ne cessaient de mordre, que quand on leur cassait les dents ou la tête. Pour maintenir la Bretagne sous leur joug ils tentèrent un dernier coup. De tous les coins de la ^péninsule, ceux qui avaient gardé leur énergie se concentrèrent à Nantes, leur grande citadelle. Si on les y attaquait, ils se flattaient de repousser et de détruire les aggresseurs. Si on les laissait tranquilles, ce serait une preuve éclatante de la crainte qu'ils inspiraient, et dès lors ils pourraient espérer remettre la Bretagne sous leur joug, tout au moins rinfester encore de leurs courses sauvages, fléau de toute sécurité et de toute civilisation.

Quand Alain Barbetorte apprit la concentration à Nantes d’une grosse masse de Normands, il comprit que là devait se jouer la partie décisive : s’il ne nettoyait pas ce dernier repaire et ne jetait pas cet amas de païens à la mer, rien de fait. Fidèle à sa tactique, il voulut les frapper par la rapidité de son attaque ; bien que son armée ne fût pas nombreuse et qu’il eût été facile d’en grossir le chiflFre, il tint à ne pas perdre une minute et marcha au monstre immédiatement (1). Grâce aux renseignements conservés par la Chronique de Nantes et par quelques vieux récits, on peut se faire une idée assez exacte du plan général et des principales péripéties de la bataille.

Car ce fut une bataille et non un siège. Les Normands avaient peu de goût pour les enceintes urbaines, pas plus pour les attaquer que pour les défendre. D’ordinaire ils prenaient les villes par stratagème plutôt qu’à force ouverte, et ils laissaient les murailles tomber en ruine, même ils les y aidaient. Ce qu’ils aimaient, ce qu’ils construisaient partout pour leur défense, c’était des camps et des fortiflcations de campagne, dont la terre amassée en énormes retranchements, creusée en fossés profonds, faisait tous les frais (2). A Nantes ils n’eurent garde de s’enfermer dans l’antique enceinte gallo-romaine ou dans le nouveau fort construit autour de la cathédrale par l’évêque Foucher. Au confluent de l’Erdre et de la Loire, dans l’angle ouvert largement vers le Nord-Ouest, formé par la rencontre de la rive droite du fleuve et de la rive droite de l’Erdre, là les barbares avaient établi une vaste place d’armes, un grand camp retranché, occupant tout l’espace compris, d’une part, entre les deux rivières — fossés infranchissables, — et de l’autre, entre les rues actuelles d’Orléans au Nord et de La Pérouse à l’Ouest ; on peut même croire que leurs remparts, fossés et défenses extérieures s’étendaient jusqu’à la Bourse, la place Royale et Saint-Nicolas. Tout ce grand terrain s’appelait alors le pré de Saint- Aignan ou pré Anian (3). Redoutable forteresse ce

(1) d Auditum est quod apad urbem Namneticam magna Normannorum phalanga habebatnr, qui ipsam urbem volebant habitarc. Quarc dux Alanus, congrcgatis militibus non multis, equitavit usqne ad banc urbem » (Chron. Namnet. édit. Merlet, p. 89-90). — On reconnaît là la rapidité de décision , d’exécution , propre au génie d’Alain Barbetorte.

(2) « Les Normands (dit l’auteur d’une très bonne étude sur leurs mœurs militaires) les Normands ont toujours un camp retranché ; ils l’établissent quand ils mettent pied à terre, dès qu’ils s’arrêtent en quelque endroit; ils évitent ainsi toute surprise en pays ennemi. Ils excellent dans l’art de la castramétation ; les fortiflcations de leurs camps sont plus ou moins bien établies suivant la longueur du séjour qu’ils veulent y faire ; ils savent admirablement tirer parti de la configuration du terrain. Quand ils quittent définitivement leur camp, ils le détruisent i> (Edouard Favre, Eudes comte de Paris et roi de France (1898), p. 218).

(3) « Reperiens eos (Normannos) in prato Sancti Aniani cum ingenti multitudine hospitatos, Alanus pugnavit cum eis » {Chron. Namnet. édit. Merlet, p. 90). — Quelques auteurs sont allés

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