BARBETORTE LES ATTAQUE, IL EST REPOUSSÉ
camp retranché, plus redoutables encore ses défenseurs, c’est-à-dire tout ce qui restait de plus braves, de plus déterminés pirates en Bretagne : aussi quand ils connurent par leurs éclairéurs la faiblesse numérique de l’armée bretonne, ils se tinrent pour sûrs de la victoire et narguèrent bautainement ce petit jeune homme qui se croyait de force à vaincre, avec une poignée de monde, cette grosse troupe de vieux loups de mer, blanchis dans les délices du brigandage et les fatigues de la guerre, assoiffés de vengeance et retranchés en une tanière inexpugnable.
Malgré l’infériorité du nombre, malgré tous les avantages de l’ennemi, Alain assaille la forteresse avec sa résolution et son impétuosité ordinaires. Il ne peut forcer ces gros remparts. Non seulement son asssaut est repousssé, mais les Normands font une sortie et l’obligent à battre en retraite en désordre (1). Sur la colline la plus proche au Nord, couronnée aujourd’hui par la rue Contrescarpe et la place Bretagne, il se retire. Et ce qui prouve que les Normands, malgré leurs fanfaronnades avaient beaucoup souffert dans ce premier choc, c’est qu’ils ne se hasardent point à quitter leurs retranchements et s’abstiennent de poursuivre les Bretons. Sur la hauteur où ils se sont retirés, ceux-ci se reforment ; mais ils ne sont guère en état de renouveler la lutte. A la fatigue de ce terrible assaut se joint, pour briser leurs forces, une soif ardente, haletante, qu’ils ne trouvent aucun moyen de satisfaire. De l’eau, de l’eau ! un peu d’eau fraîche ! avec cela tous espèrent reprendre, accroître, exalter leurs forces au point de rompre ou escalader toute muraille et de vaincre tout obstacle. Mais où trouver cette eau ?
Barbetorte à deux genoux humblement prosterné, levant les mains au ciel, supplie la Vierge divine de leur donner ou leur découvrir (aperire) une source. La réponse à cette ardente imploration ne se fait point attendre. Sous les buissons dont la colline est couverte, un des compagnons d’Alain, creusant, fait sourdre une fontaine, pure, fraîche, abondante; tous s’emplissent de cette onde avec
chercher ce pratum Aniani à Saint-Aignan sur les bords du lac de Grandlieu à 4 lieues de Nantes ; idée baroque puisque la Chronique de Nantes place la bataille à Nantes même. — D'autres, prétendant que la prairie de Mauve se serait appelée jadis Hannia, Annia ou UAnnia, en font le théâtre de la bataille d’Alain Barbetorte contre les Normands. Mais la prairie de Mauve n’a jamais porté ce nom. Ce qu’on a appelé Hannia ou U Annia (en 1141 , D. Morice Pr. 1 , 583), c’est la prairie de Saint- Sébastien qui est au Sud de la Loire au-delà du bras de Pirmil, et c’est pour cela que cette paroisse a été nommée Saint-Sébastien à*Aigne ou d*Agne {de Hannia). Mais Hannia ou Annia n’est point Anianus, et la fondation du Temple de Nantes en 1141 distingue fort bien Vinsula Annia ou V Annia du pratum Aniani qui seul répond au « pratum S. Aniani » de la Chronique de Nantes ; le duc Conan le Gros y donne aux Templiers « plateam ad domos sive œdificium in locum qui dicitur Pratum Aniani dans le lieu dit Le Pré Anian » (D. Morice, Ibid. J; or, en 1827, quand on ouvrit la rue d’Orléans, au lieu actuel de l’entrée de cette rue vers l’Est, lieu qui dépendait alors de la vieille rue du Bois-Tortu, on trouva les voûtes et les arcades de la primitive chapelle des Templiers (Mellinet, La commune et la milice de Nantes, p. 42 ; et Aug. Laurant, Etude sur le lit de la Loire à Nantes, p. 8). Là se trouvait le Pré Anian ou par contraction Pré Nian, qui occupa jusqu’au XV» siècle tout l’espace du quartier dit aujourd’hui quartier Sainte-Catherine (voir Travers, Hist. de Nantes, I, p. 260), au centre duquel est en effet la rue de ce nom et qui embrasse l’espace compris entre les quais Cassard et Brancas, la rue d’Orléans, la place Royale, etc., comme il est dit dans notre texte, quartier où existait encore en 1840 « la ruelle de Nian » (Mellinet, Ibid. p. 27). C'est donc bien là le pré Anian f pratum S. Aniani] de la Chronique de Nantes, où Alain trouva les Normands logés (hospitatos), c’est-à-dire fortement retranchés, où il les attaqua et les vainquit.
(1) « Sed illi (Normanni), fortitudinem ejus parvipendcntes, fugaverunt ilium usquc ad summitatem montis » (Chron. Namnet., édit. Merlet, p. 90).