‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 307 sur 392 · IL EST SALUÉ DUC DE BRETAGNE PAR TOUS LES BRETONS · texte numérisé non relu

IL EST SALUÉ DUC DE BRETAGNE PAR TOUS LES BRETONS

à faire établir autour de la cathédrale, sur le tracé du mur de 1 evêque Foucher, une enceinte formée de forts retranchements en terre couverts de fossés et garnis de tours, dans la plus forte desquelles il établit sa demeure.

La nouvelle de ces grands événements ne tarda point à se répandre en France et en Angleterre de tous côtés. Aussitôt, tout ce qui restait de Bretons émigrés en ces deux régions partent, rentrent en diligence dans leur pays, viennent reconnaître, glorifier en Alain Barbetorte le chef de la nation bretonne et, comme on rappellera désormais, le duc de Bretagne. Car c’est à partir de ce prince — et non d’Alain le Grand — que le titre de duc fut exclusivement attribué au souverain des Bretons. Voilà donc la Bretagne ressuscitée sous le nom , sous le titre qu’elle gardera pendant tout le moyen-àge : Le duché de Bretagne.

Pourtant il y a encore quelque part sur son sol une nichée de serpents, qui attendent le moment favorable pour lui lancer au cœur un venin mortel et faire de nouveau leur proie de sa chair et de son sang, dont ils se sont pendant près de vingt ans gorgés à crever. Donc, pour en finir, sur cette pernicieuse vermine un dernier coup de talon I

§ 4. — Le dernier coup.

Avant ce coup suprême et définitif, voyons comment l’ingénieux avocat des prétentions normandes, le disert Dudon de Saint-Quentin, a arrangé l’histoire du retour d’Alain Barbetorte et de la résurrection de la Bretagne; voyons comment on s’y est pris pour concilier son texte fantaisiste avec le texte sérieux, certain, de Flodoard et de la Chronique de Nantes,

Flodoard ne mêle en aucune façon à cette histoire les Normands de la Seine ni leur duc Guillaume Longue-Epée. Il mentionne le secours prêté par Athelstan aux Bretons réfugiés en Angleterre, c’est-à-dire à Alain, son hôte et son filleul : donc secours tout naturel. Il nous montre les Bretons revenant de leur long exil , s’emparant successivement des postes occupés par les Normands, reconquérant leur territoire pied à pied; et comme Flodoard n’a jamais mis en Bretagne depuis 919 d’autres Normands que ceux de la Loire, c’est nécessairement contre ceux-ci que, d’après sa Chronique, luttent les Bretons : d’ailleurs, la Chronique de Nantes, dont te témoignage en cette histoire est de premier ordre, nous montre tous ces Normands, quand ils se sentent menacés par les Bretons, se réfugiant de tous les coins de la Bretagne à Nantes, clef de la Loire, place capitale des pirates qui occupent ce fleuve.

Dudon ne l’entend pas ainsi. Comme il lit dans Flodoard que les Bretons sont rentrés en Bretagne et ont repris leur territoire, il veut bien concéder cela. Mais chez lui c’est le duc Longue-Epée qui, à la prière d’Athelstan, permet à Alain de rentrer en Bretagne, et il ajoute cette fausseté insigne : « Le duc Guillaume lui » rendit toute la partie de la Bretagne qu’il avait possédée précédemment, et

Page 1