‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 308 sur 392 · BATAILLE DE TRANS EN · texte numérisé non relu

BATAILLE DE TRANS EN

» depuis lors Alain ne cessa d'obéir aux ordres de Guillaume (1). b — Ainsi pour se rétablir dans leur territoire, les Bretons et leur chef n’auraient même pas eu à tirer l’épée. Flodoard dit justement le contraire : il n’attribue le rétablissement des Bretons qu’à la guerre, à leurs combats et à leurs conquêtes sur les Normands (2), mais sur les Normands de la Lioire exclusivement. — Et l’on prétend après cela que Flodoard et Dudon « s'accordent ici pour prouver l’assujettisse- B ment, de fait ou de droit, de la Bretagne à la Normandie (3). b Sur ce prétendu <k assujettissement de la Bretagne à la Normandie, b il n’y a rien, absolument rien dans Flodoard; quant au soi-disant accord signalé ici triomphalement entre lui et Dudon, c’est, on vient de le voir, une flagrante contradiction.

D’autant plus que, selon Dudon, toute la Bretagne appartenant aux Normands de la Seine, et Flodoard affirmant que les Bretons en 937 l’ont reconquise par force, c’est là un démenti de plus donné à Dudon qui prétend que, depuis son retour en Bretagne, « Alain ne cessa d'obéir aux ordres du duc Guillaume, b Etrange manière d’obéir, de lui enlever par force toute une province !

Donc, entre la Chronique de Nantes et Flodoard, accord complet, — parce que la Chronique donne de ces événements un récit très véridique.

Entre Flodoard et Dudon, discordance irréductible, — parce que Dudon, sur les choses bretonnes, ne donne, systématiquement, que des fables.

Mais revenons à nos moutons — c’est-à-dire aux derniers pirates restés en Bretagne pour attendre le dernier coup de balai.

La bande des Normands enfuis de Nantes devant la lance impétueuse de Barbetorte n’avaient-ils eu dans cette fugue d’autre but que de sauver leur peau? Ce n’est pas à croire. Ces barbares, s’ils méprisaient comme la boue la vie d’autrui, ne prisaient guère plus la leur et la sacrifiaient sans sourciller. En fuyant ils avaient un dessein. Voyant la partie perdue à Nantes, ils songèrent aussitôt à reprendre la lutte sur un autre terrain, en appelant à la rescousse, pour cette suprême bataille, tout ce qui pouvait rester de pirates en Bretagne. La situation choisie par eux pour y fixer leur repaire indique même l’espoir très évident d’obtenir le secours de leurs congénères les Normands de la Seine , qui occupaient alors Avranches et le Cotentin. Ils s’établirent en effet à l’extrémité nord-est du comté de Rennes, à 7 kilomètres du Coësnon qui était dès lors la frontière du duché de Normandie, en un plou situé sur la limite des diocèses de Rennes et de Dol, dont le nom latin Tridentium a fourni en langue vulgaire diverses formes (4), entre autres Trant et Trans, celle-là usitée jadis, celle-ci qui a

(1) « Alannum vero regressum Willelmus pro amore regis Alstemi (Athelstan) recepit, et quidquid Britannicæ regionis possidebat (Alannus), reddidit; ipseque Alannus postea WiUelmi mcmdatis indtsinenter inhœsit » (Dudon, édit. Lair, p. 194).

(2) Voir le texte de Flodoard sur les événements de 936 et 937, ci-dessus p. .388 note 1 et p. 390 note 1.

(3) Voir Dudon, édition Lair, p. 193, note c.

(4) In plebe quœ vocatur Trant gallice, latine vero Tridentium » (Vet. colL ms. de reh. Brit. p. 76). Les formes intermédiaires sont d’une part Trient, Triant, Trant, de l’autre Triens, Trians, Trans. Trans est aqj. coro“« du c‘®“ de Pleine- Fougères, arr. de Saint-Malo, Ille-et-Vilaine. 11 y a une antre com®* du'méme nom dans la Loire-InF® (arr. d’Ancenis, de Riaillé) ; mais le Trant ou Trans dont il s’agit ici était dans le comté de Rennes, — ce qui exclut nécessairement le Trans de l’arrond. d’Ancenis.

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