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DE LA FRONTIÈRE BRETONNE

Brain), qui avec Langon et Bain formaient autour de Redon un bel arrondissement territorial, et un troisième plou nommé Arzon, dans la grasse et plantureuse presqu’île de Ruis (1). — Quelques jours après (le 30 août 836), la chancellerie impériale expédiait, à Quierzi, le diplôme solennel contenant le don de ces trois paroisses (2).

Ainsi, du commencement à la fin, la fondation de Tabbaye de Redon fut une lutte entre les Bretons et les Franks, ceux-ci comprenant très bien que ce monastère placé en un tel lieu, animé d’un tel esprit, serait pour ceux-là un rempart plus solide, plus redoutable qu’une forteresse de guerre. Nous avons assez montré, dans notre premier volume, l’énergique influence des monastères bretons sur la formation et le développement de la société britoarmoricaine, pour qu’on ne puisse s’étonner de l’importance attachée par les contemporains — et par nous avec eux — à la fondation de Redon. Quand cette fondation fut, par la confirmation impériale, rendue définitive, les donations, les vocations affluèrent vers la nouvelle abbaye, qui devint véritablement le centre, la capitale du Vannetais oriental. Centre unique et sans rival, foyer de la vie morale et de la vie matérielle pour tout le pays environnant : de là sortaient l’enseignement des lettres, les livres et les histoires ; l’enseignement religieux et la direction des âmes; les secours intelligents, les aumônes, — et aussi les hardies entreprises, les belles méthodes de culture et d’industrie. Car pour avoir adopté la règle bénédictine, l’esprit agissant des moines bretons, laboureurs et défricheurs, n’en subsistait pas moins, et dans l’intérieur de la Bretagne, aux environs surtout de la grande forêt centrale, il avait un large champ d’activité. A Redon et aux environs en particulier, voici comment un contemporain décrit la succession des travaux agricoles de chaque année : « Un bon cultivateur commence » par abattre les arbres de la forêt et par en brûler les troncs; puis il prépare sa » charrue, il ouvre la terre et dresse les sillons ; après quoi il revient à la maison, » et enfin, quand il a bien nivelé et aplani la terre labourée, il y jette régu- D fièrement la semence, qui croîtra et lui donnera une copieuse moisson (3).

Les moines de Redon brisèrent ce réseau oppressif de forêt qui les enserrait, ils n’en gardèrent que quelques bouquets pittoresques et y substituèrent de belles cultures. Voici le tableau qu’eux-mêmes en ont fait : a Ici quelques arbres D forestiers, là une multitude d’arbres à fruit; ailleurs une terre labourée des

plus fertiles, des prairies parées d’un vert gazon, des jardins pleins de fleurs 9 odorantes, des vignes gonflées de bourgeons, partout des eaux courantes, de 9 beaux pâturages pour les troupeaux, enfin d’abondantes moissons, 9 — au point que les bons moines semblent tentés de renier l’origine bretonne du nom de Roton pour y voir un mot grec, Rhodon, la rose (4).

Attirés par de si beaux résultats, donations, vocations, pèlerins affluaient vers l’abbaye ; autour d’elle s’établirent des colonies bretonnes, d’autres s’échelonnèrent

(1) Gesta SS. Roton. 1, 12, édit. Mabill. et D. Morice, Ibid.

(2) D. Morice Preuves I, col. 271; Cartul. de Redon, p. 357.

(3) (c Sicut bonus agricola terrain suam exercet : primilus silvas excidit, truncos incendit ; postea aratrum bene aptat, terrain aperit, sulcos dirigit, dehinc domum revertitur ; nec multo post ipsam terrain plane coæquavit, deinde semina ex ordine jactat, ut bene crescant et fructum copiosum exinde capiat. » {Gesta SS. Roton. lib. II, prolog., édit. Mabill. p. 203 ; D. Morice Pr. I, 243).

(4) Voir Gesta SS. Roton. I, 4, édit. Mabill. p. 197 ; D. Morice Pr. I, col. 236.

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