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LES BRETONS PRÊTS A LA LUTTE

le long de la Vilaine, dont le point le plus important pour la défense bretonne était solidement gardé par les cinq paroisses formant le domaine propre de Tabbaye, le territorium Rotonense, savoir Redon, Bain, Plaz ou Brain, Renac et Langon.

Ainsi, grâce à ce monastère c où Ton priait Dieu chaque jour pour le salut de toute la Bretagne, b la brèche fatale de la frontière bretonne fut fermée, la Bretagne acquit sans coup férir sur la Vilaine une solide ligne de défense.

D'autre part, quatorze années de paix et d'un calme presque complet avaient permis aux Bretons de refaire leurs forces et d’amasser dans leur cœur contre la domination étrangère un trésor de haine contenue, qui n’attendait pour éclater, pour agir, que le signal du chef.

Car maintenant tous les Bretons étaient unis sous un chef unique, Nominoë ; un mot de sa bouche pouvait les jeter tous en masse dans la grande lutte pour l’œuvre de la délivrance.

Ce mot, il était décidé à ne pas le dire pendant la vie de Louis le Débonnaire. Résolu à tenir le serment prêté au prince dont la main bienveillante avait allégé pour la Bretagne le poids du joug frank, il attendait patiemment que la mort de Louis vînt l’en délier.

§ 3. — La lutte.

Le 20 juin 840, mourut Louis le Débonnaire.

Les Bretons marquèrent aussitôt leur volonté de ne point reconnaître l’autorité de Charles le Chauve (1), à qui le testament de Louis attribuait le royaume des Gaules sous la suprématie de son frère Lothaire, héritier de la dignité impériale. Cependant ils ne se soulevèrent pas tout de suite, il y eut un instant d’hésitation. Tout dans la situation générale semblait en attente et en suspens. Cette incertitude ne pouvait durer : avant d’agir, pour agir au mieux, il fallait voir éclater la crise qui était imminente.

En avril 841, Charles le Chauve étant venu au Mans envoya de là demander à Nominoë quelle situation il entendait prendre vis à vis de lui ; sur l’avis des principaux personnage^ qui l’entouraient, le gouverneur de Bretagne lui fit parvenir, avec des présents, l’assurance de sa soumission (2). Peu de temps après, le feu était aux quatre coins de l’empire des Franks ; Charles le Chauve et Louis, roi de Germanie, allaient à Fontanet (3) combattre, le 25 juin 841, contre leur frère l’empereur Lothaire et contre l’empire. C’était la crise attendue qui éclatait dans toute son intensité; c’était le moment qu’il fallait saisir. D’ailleurs en

(1) An. 840. « Audiens autem Karolus quod... hinc Pippinus, bine Brittones infesti erant » (Nithardi Historiœ lib. II, cap. 4, dans D. Bouquet, iîcc. des histor. de France, VII, p. 17).

(2) An. 841. 9 Cenoraanicam urbem (Karolus rex) adiit... Protinus ad Nomenoium ducem Brittannorum mittit, scire cupiens si suæ se ditioni subdere vellet. Qui, adquiescens consiliis plurimorum, Karolo munera mittit ac sacramento fidem deinceps servandam illi firmavit » (Nitbardi II, 5. Ibid, p. 18). — Le voyage de Charles le Cbauve au Mans eut lieu dans la première moitié d’avril 841 ; car selon la Chronique de Fontenelle (D. Bouquet VII, p. 40), ce prince passa de la rive droite sur la rive gauche de la Seine à la hauteur de l’abbaye de Saint-Wandrille le 31 mars ; puis, d’après Nithard (Ibid. p. 18 et 19), il se rendit à Orléans, à Nevers, à Bourges, au Mans ; de là il revint vers la Seine qu’il passa prés de Rouen, et il était à Troyes le vendredi-saint, c’est-à-dire le 15 avril 841.

^3) Fontenoi en Puisaie, auj. corn"* du c*<*“ du Saint- Sauveur, arrond. d’Auxerre (Yonne).

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