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LA BRETAGNE DUCHÉ

N Tan 940, après Texpulsion définitive des Normands hors de Bretagne s’ouvre la Deuxième Période de notre Histoire.

En terminant le dernier chapitre nous avons déjà marqué le caractère essentiel qui distingue cette période de la première. L’ère des commencements, des tâtonnements, des mélanges de races, de la formation laborieuse de la nation et du territoire, l’ère des grandes épreuves qui remettent à chaque instant en question la vie, l’indépendance nationale, cette ère est close pour la Bretagne par l’expulsion des envahisseurs normands. Désormais, dans le monde politique du moyen-âge, la Bretagne a une place, une existence régulière, admise par tous et qui ne sera plus contestée.

De la dernière invasion normande si longue, presque trentenaire, 914 à 939, de cette lutte si douloureuse et si périlleuse sort d’ailleurs un double résultat. La dévastation prolongée du sol pendant près de vingt ans par les pirates étrangers ; l’émigration non moins longue de presque tous les Bretons hors de Bretagne ont eu pour résultat de rompre ou tout au moins d’entamer, d’altérer profondément la chaîne des traditions nationales, de creuser un véritable fossé entre les vieilles institutions bretonnes et celles qu’apportent en Bretagne pour les y développer, cette foule de Bretons qui, ayant vécu pendant vingt ans en France et en Angleterre, ont subi nécessairement l’influence des mœurs et des coutumes de ces deux pays.

400 CARACTÈRE DE LA DEUXIÈME PÉRIODE DE l’HISTOIRE DE BRETAGNE.

Ils étaient partis chefs de plou, hommes du plou, ne connaissant guère d’autre lien, d’autre régime que celui du plou comme nous l’avons décrit ci-dessus (p. 142 à 164). Or, en Angleterre, en France* point de plous, des fiefs partout. En Bretagne, à leur retour, presque tous les anciens plous rasés, ruinés, effacés par les vingt ans de désolation piratique. Au plou les émigrés de retour en Bretagne substituent le fief; au lien de la tribu issu de la communauté du sang, le lien du vasselage formé par un engagement contractuel, libre et personnel. L’antique régime celto-breton quasi-patriarcal cède la place au régime de la féodalité territoriale héréditaire, imité des institutions françaises. Cela se fait pacifiquement, sans violence, mais brusquement. Sans l’inondation normande de 919, la même évolution se serait produite, mais lentement, insensiblement, un siècle ou un demi-siècle plus tard. Ici il y a un saut, une coupure. L’aspect féodal de la société brito-armoricaine dans la seconde moitié du X® siècle la sépare profondément de ce qu’elle était au commencement de ce siècle, à la mort d’Alain le Grand.

D’autre part, la leçon effroyable donnée par l’inondation normande ne sera point perdue. Si les Bretons avaient été bien unis entre eux, ils l’auraient arrêtée, cette inondation. Ils comprennent maintenant l’absolue nécessité, pour sauvegarder le sol natal, de s’unir non pas seulement de temps à autre en un commun effort, mais toujours et en un corps politique solide, permanent, soumis à la direction d’un seul chef. Cette nécessité inéluctable dompte enfin le vieil instinct breton si violemment opposé à la constitution de l’unité politique dans la nation. Maintenant cette unité est faite ; on pourra encore lutter en Bretagne pour s’emparer de l’autorité suprême, on ne luttera plus pour la détruire.

Cette autorité, il est vrai, avec Alain Barbetorte prend un titre et une forme nouvelle. Nominoê, Alain le Grand, n’avaient reconnu au-dessus d’eux aucun suzerain; Erispoê, Salomon s’étaient avoués les fidèles de Charles le Chauve, non pour la Bretagne proprement dite mais pour les provinces de la Marche frankobretonne dont ce roi les avait gratifiés. Aux mains de Barbetorte la forte création de Nominoê devient un grand fief mouvant, par hommage simple, de la royauté française. C’est désormais, en un mot, le Duché de Bretagne, — souveraineté véritable, indépendante, qu’un lien purement nominal de suzeraineté et de vasselage rattache seul à la grande fédération féodale française. Mais ce lien n’altère en rien l’indépendance politique des Bretons, qui reste entière et complète jusqu’à l’union de la Bretagne à la France.

Cette Deuxième Période se partage, comme nous l’avons déjà dit, en trois époques, qui sont la quatrième, la cinquiènte et la sixième de l’Histoire de Bretagne, marquées chacune par un changement de dynastie et par une évolution notable dans les institutions, savoir :

Quatrième époque (940-1213). Dynastie bretonne, gouvernement féodal.

Cinquième époque (1213-1364). Dynastie française de Dreux, développement de la puissance ducale.

Sixième époque (1364-1491). Maison de Montfort, avènement du tiers-état, gouvernement représentatif*

En tête de chacune de ces époques nous aurons soin d’en indiquer les traits

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