‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 313 sur 392 · CARACTÈRES DE LA QUATRIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE LA QUATRIÈME ÉPOQUE

idées politiques : l’organisation de la féodalité bretonne, la constitntion de la dignité ducale.

Ces deux idées, opposées en apparence l’une à l’autre, sont cependant solidaires l’une de l’autre. Loin de s’opposer à la création des fiefs, ce sont les ducs de Bretagne qui en règlent le développement, qui président à l’érection de ce puissant édifice féodal dont nous décrirons les grandes lignes, et qui fut pendant cette Époque la protection la plus efficace de l’indépendance bretonne. Mais ce développement devenant excessif tend à annuler presque entièrement la puissance ducale. Les successeurs d’Alain Barbetorte dans cette dignité, réduits presque à un titre honorifique, sont obligés de réagir pour devenir, de rien, quelque chose dans cette société, pour s’y faire une place un peu en rapport avec leur titre. Au milieu du XII« siècle ils y avaient réussi. Le duc de Bretagne ne dominait pas encore de bien haut la société féodale bretonne ; mais il en était le chef reconnu de tous comme ayant le droit incontesté de commander et de diriger les affaires publiques.

Parfois, il est vrai, tout en reconnaissant théoriquement ce droit, les grands vassaux du duc de Bretagne ne le respectaient guère dans la pratique ; mais leurs désobéissances, il faut l’avouer, n’étaient pas toujours au détriment de la patrie bretonne. Dans la seconde moitié du XIP siècle et le commencement du XIIP, trois des plus puissants rois d’Angleterre — Henri II Plantagenet, Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre — engagèrent contre les Bretons une lutte terrible et cruellement déloyale pour détruire l’indépendance de la Bretagne qu’ils prétendaient absorber dans leur monarchie. Le duc breton (Conan IV) trahit honteusement la cause bretonne, qui trouva dans les grands et les petits féodaux bretons d’énergiques défenseurs et dans une femme la duchesse (Constance), fille de l’indigne duc, un héroïque champion.

A côté de ces grandes luttes nous suivrons le développement des mœurs et des institutions : l’Eglise, les populations rurales, les ouvriers des villes, le commerce, et ce qu’on appellera bientôt le tiers-état. La culture intellectuelle et artistique en Bretagne, c’est-à-dire les écoles, les manuscrits, les chansons de geste, l’architecture religieuse et militaire, compléteront ce tableau.

Page 1