LIMITES DU DUCHÉ DE BRETAGNE
de Barbetorte, environ 950 ; nous le mentionnons de suite pour n’avoir pas besoin d’y revenir (1).
Avant d’entrer davantage dans l’histoire de ce règne, il est indispensable de savoir exactement quels étaient les états de Barbetorte, ^n quoi consistait alors le Duché de Bretagne.
Sous Alain le Grand et très probablement jusqu’à la grande invasion normande de 919, le royaume de Bretagne, nous l’avons vu (ci-dessus p. 341 et 378-379), avait conservé au-delà de la Loire le pays de Retz et, à l’Est des comtés de Rennes et de Nantes, la large zône de territoire comprise entre la limite de ces comtés, d’une part, et de l’autre les rivières de la Mayenne et de la Vire, zône qui marquait depuis Salomon et Erispoê le plus grand développement de l’état breton. Mais pendant les vingt années de l’émigration bretonne et de l’inondation normande en Bretagne, les grands fiefs voisins se constituèrent, notamment l’Anjou, le Maine, la Normandie. Les comtes d’Anjou et du Maine reprirent sans aucune opposition la zône détachée de ces deux provinces au profit des Bretons ; quant au Cotentin et à l’Avranchin, ils furent nous l’avons vu, donnés formellement au duc de Normandie par un acte du roi de France en 933 (ci-dessus p. 378-379). Dans la situation où se trouvait alors la Bretagne, rien n’était plus naturel.
Pour rOutre-Loire, selon la Chronique de Nantes, il en fut tout autrement. Elle affirme que, par un traité passé entre Alain Barbetorte et Guillaume Tête d’Etoupes comte de Poitiers (2), les trois pays de Mauge, de Tifauge et d’Herbauge, tous trois dépendant alors du Poitou, furent reconnus appartenir à Alain comme comte de Nantes, et pour limites du territoire comprenant ces trois pays outre la Loire au Nord et la mer à l’Ouest — la Chronique nomme au Sud le fleuve du Lai (Ledius) , à l’Est la rivière dite le Laion (Ladio) et son affluent l’Ironne ou Hyronne flrumnaj (3). Or le Lai borde (au Nord) le marais de Luçon et se jette dans la mer en face de l’ile de Ré (Vendée) ; le Laion s’embouche dans la Loire, rive gauche, tout près de Chalonnes (Maine-et-Loire) ; le territoire enfermé dans ces limites forme aujourd’hui quatre arrondissements, savoir : l’arrondissement de Cholet (Maine-et-Loire) répondant au pays de Mauge, puis
(1) La substitution de Walter (ou Gautier) à Hesdren dans Tévêché de Nantes est formellement attribuée à Alain Barbetorte par la Chronique de Nantes (édit. Merlet, p. 104) ; elle est donc antérieure à 952 (date de la mort de Bai’betorte). Mais après la mort d* Alain, Hesdren, avec la connivence des étrangers Foulque d'Anjou et Thibaud comte de Chartres, essaya de revenir sur son siège, comme on le voit par une charte de 958 où il âgure avec ce titre (D. Morice, Preuves I, 346-347) ; mais il n’y réussit pas, car en 960, Walter était toqjours évêque de Nantes {Chron, Namn. édit. Merlet, p. 111 et 144) et il le resta Jusqu’à sa mort en 981 (Ibid. p. 115).
(2) Comte de Poitiers et duc d’Aquitaine de 932 à 963 (Art de vérif. les dates, II, p. 352-353).
(3) c Iste dux Alanus . trans Ligerim pagum Medalgicum (Mauge), Teofalgicum (Tifiiuge) et
Herbadilicum (Herbauge) ad se retinuit et recuperavit, ac de ipsis locis cum comité Pictavensi, Guillelmo cognomine Capot de Stopis, 6nem fecit sicut ipsi pagi terminant, id est, a flumine Ladionis in Ligerim descendente usque ad Irumnam flumen et Petram Fictam et Tiriacum (ou Ciriacum), et flumen Ledii quod in mare Occidentale decurrit. Hæc omnia et singula idem Alanus Barbatorta in vita sua retinuit » (Chron. Namnet., édit. Merlet, p. 96-97). — Pour le commentaire et l’explication de ce texte, voir l’étude de M. Léon Maître intitulée ; Les conquêtes bretonnes au delà de la Loire, dans les Annales de Bret. t. XII p. 33 à 59, et dans l’Introduction des Villes disparues de la Loire- Inférieure de M. Maître, t. II.