ACCROISSEMENT TERRITORIAL AU SUD DE LA LOIRE
— répondant aux pays d'Herbauge et de Tifauge — la partie du département de la Loire-Inférieure située au Sud de la Loire, et dans le département de la Vendée les arrondissements des Sables d’Olonne et de la Roche sur Yon.
Cette assertion de la Chronique de Nantes soulève un double problème. — D’une part, avant Barbetorte, même au temps de la plus grande extension du royaume breton sous Salomon et Erispoê, jamais les souverains bretons n’ont possédé au Sud de la Loire territoire plus étendu que le pays de Retz, Pagas Ratensis (1) répondant tout au plus à la partie actuelle du département de la Loire-Inférieure située au Sud de ce fleuve. Or ici il s’agit d’un territoire quatre fois aussi vaste
— comprenant, outre le pays de Retz, les trois arrondissements actuels de Cholet, de la Roche sur Yon et des Sables, — cédé de bonne grâce au comte de Nantes duc de Bretagne par le duc d’Aquitaine comte de Poitiers : quelle peut être la cause d’une telle cession?
D’autre part, ce vaste territoire gracieusement cédé à Barbetorte, possédé par ses successeurs jusque vers 990 (2), — un demi-siècle plus tard, vers l’an 1050 (la même Chronique nous l’apprend) il avait cessé d’appartenir à la Bretagne et fait retour au Poitou, sans que l’on sache rien des motifs de cette nouvelle mutation (3).
Le silence complet des documents historiques sur les causes qui donnèrent au comté de Nantes un accroissement de territoire si considérable et sur celles qui peu après le lui enlevèrent, l’ignorance où la Chronique même, source de cette information, nous laisse à cet égard, est vraiment étrange et propre à inspirer quelque hésitation sur la réalité ou au moins sur le caractère du fait. Mais les détails très circonstanciés, donnés à ce sujet et par deux fois dans la Chronique de Nantes, ne permettent guère le doute. Puis, à défaut de renseignements fournis par les chroniqueurs, il n’est pas impossible de trouver, dans ce qu’on sait de l’histoire de cette région, des explications plausibles de ce double fait.
La grande invasion normande en Bretagne de l’an 919 ne respecta certainement pas plus les territoires de la rive gauche de la Loire que ceux de la rive droite ; elle s’étendit forcément dans le pays de Retz, dans les cantons du Poitou voisins du Nantais, c’est-à-dire précisément dans les Mauges, Tifauge, Herbauge. Nous savons, par un témoignage formel, que quand les moines de Redon voulurent, en 919 ou 920, passer en Poitou pour y rapporter les reliques de S. Maxent, cette province était pleine de Normands (4). Pendant les dix-huit années de leur séjour à Nantes, les pirates durent occuper et ravager cruellement le territoire de la rive gauche de la Loire formant les trois pays (ou pagi) en question, qui ne furent délivrés de ce joug que par Alain Barbetorte, dont les exploits eurent nécessairement pour résultat de chasser les pirates de toutes ces régions. A ce titre, ce prince avait le droit de les revendiquer, et le comte de Poitiers Guillaume Tête
(1) Voir ci-dessus p. 72 notes 1 et 2.
(2) Voir Chron. Namnet., édit. Merlet, p. 119, 120, et la note 3 de la p. 119.
(3) « Fines Namnetici territorii ultra Ligerim constitntos... poster» nostris notificare debemus, quamüis hœc omnia a Pictavensibus invadantur, » — Ainsi parle la Chronique de Nantes (édit. Merlet, p. 119-120), rédigée on le sait vers 1055.
(4) «c Deinde 9 (disent les moines de Redon et de Plélan dans leur notice de 924) cum ad Ligeris flumen castrametaremur, audivimus quod pagani devastabant Pictavensem regionem n (Cartul. de Redon, n*’ 283, p. 228) cf. ci-dessus p. 362.