‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 317 sur 392 · OBTENU PAR ALAIN BARBETORTE · texte numérisé non relu

OBTENU PAR ALAIN BARBETORTE

d’Etoupes, en raison de leur triste état de dévastation et de nudité, les lui céda facilement (1).

Sous la protection et le gouvernement des comtes de Nantes, ces pays se repeuplèrent et se rétablirent peu à peu. Mais — nous le verrons plus loin — les dernières années du siècle et les premières du suivant furent pour le pays Nantais une époque de troubles, de revers et de minorités féodales, dont les voisins profitèrent sans doute pour reprendre à petit bruit, presque sans opposition, ces territoires cédés facilement quand ils étaient dévastés et sans valeur, et maintenant, par leur remise en culture et en bon état, redevenus pour eux un objet de convoitise (2). Et ainsi, au commencement du XI® siècle, la Bretagne quant à ses possessions transligérines se trouva, comme sous Erispoê et Salomon, réduite au pays de Retz, c’est-à-dire au territoire qu’elle a toujours gardé depuis, répondant à la partie du département actuel de la Loire-Inférieure située au Sud du fleuve.

Au demeurant, la Bretagne d’Alain Barbetorte, c’était le royaume breton de Nominoê, c’était le duché de Bretagne dans les limites qu’il garda jusqu’à la Révolution — plus cet accroissement de territoire au-delà de la Loire dont nous venons de rendre compte, et qui au bout d’un demi-siècle s’en alla fortuitement comme il était venu, parce que, même pendant son annexion au comté de Nantes, l’occupation bretonne n’avait pu s’y implanter solidement.

§ 2. — Les comtes bretons, — Relations avec les Franks et les Normands.

Barbetorte était rentré en Bretagne avec des idées toutes féodales et par conséquent très disposé, tout en gardant son indépendance effective, à reconnaître en sa qualité de duc de Bretagne la suzeraineté du roi de France; d’autant plus que le roi régnant, Louis IV d’Outremer, avait été pour lui un compagnon d’exil; de 923 à 936 il avait vécu réfugié en Angleterre près du roi Athelstan, dont sa mère la reine Odgive ou Eadgive était sœur. Les deux jeunes princes, liés par une communauté d’infortune et d’exil, n’avaient pu manquer de se lier aussi d’amitié, et dans les diverses luttes que Louis IV eut à soutenir contre ses grands vassaux, le duc de Bretagne suivit toujours son parti.

Le duc de Normandie Guillaume Longue-Epée avait à cet égard des sentiments beaucoup moins sûrs. En 940, il commença par jurer fidélité à Louis IV envers et contre tous, et la même année il s’allia à Hugues le Grand duc des Franks et

(1) Quant à la date de ce traité, il dut se conclure en 942, lorsque Guillaume Tête d’Etoupes et Alain Barbetorte allèrent ensemble à Rouen rendre hommage au roi Louis d'Outremer. Voir la page suivante.

(2) « Après la mort de Guérec (en 988) le comté de Nantes étant tombé entre les mains d’enfants mineurs, les seigneurs voisins en profitèrent (dit judicieusement M. Merlet) pour violer les clauses de ce traité de frontières (renouvelé entre Guérec et le successeur de Guillaume Tête d'Etoupes). Dés la fin du X« siècle et dans les premières années du XI*, les comtes de Poitiers étendirent leur suzeraineté sur la partie méridionale de l'Herbauge ; les vicomtes de Thouars s’implantèrent en Tifauge , et les comtes d’Anjou revendiquèrent, les armes à la main, la possession du pays de Mauge. Vers le milieu du XI* siècle [et même plus tôt , croyons-nous] , le comté de Nantes ne comprenait plus au Sud de la Loire qu’une bande de territoire répondant aux deux doyennés de Retz et de Clisson. » {Chron. Namnet., édit. Merlet, p. 119, note 3.)

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