LES COMTÉS DE BRETAGNE SOUS BARBETORTE
Cela n’empêche point cet audacieux hâbleur d’appeler à chaque instant Guillaume Longue-Epée a le duc des Normands et des Bretons (1), s — absolument comme si les Bretons n’avaient d’autre duc et seigneur que le duc de Normandie. C’est là en effet la prétention formelle, constante, de Dudon, et en 943, à propos de l’assassinat de Longue-Epée par le comte de Flandre Arnulf, il a le front de nous montrer les Bretons gémissant à l’unisson avec les Normands sur la mort de leur seigneur et brûlant de le venger (2) ! — Et l’on voudrait nous donner pour un historien ce perpétuel menteur I
D’après Flodoard, quand Alain Barbetorte vint à Rouen prêter au roi de France, comme Richer le dit, serment de fidélité, il avait amené pour lui faire honneur, peut-être pour jurer avec lui fidélité au roi, les princes ou principaux seigneurs de Bretagne /cum suis principibus) , c’est-à-dire certainement en première ligne, ceux à qui leurs terres, leurs seigneuries donnaient la dignité de comte. Il est utile de savoir qui ils étaient.
La division de la Bretagne en comtés était alors à peu près la même qu’au IX* siècle (3) : comtés de Nantes, de Rennes, de Vannes ou Bro-Werec, de Cornouaille, de Poher, de Léon, de Goêlo et probablement de Pentevr.
Alain Barbetorte, héritier d’Alain le Grand par sa mère, avait dans son domaine propre les comtés de Nantes et de Bro-Werec, et comme fils de Matuédoi celui de Poher.
Nous avons vu plus haut (p. 390-391) s’illustrer contre les Normands le glorieux comte de Léon Even le Grand. On le retrouve dans les chartes authentiques (trop rares, hélas!) du Cartulaire de Landevenec : il donna à cet abbaye la trêve de Lan-Wivret comprenant douze villas, répondant à la paroisse actuelle de Laneuffret, — et à un saint anachorète appelé Morbret la trêve de Lan- Riwolé (aujourd’hui Lan-Rivoaré), où l’on rencontrait, entre autres, le domaine de Languenoc (encore existant sous le nom de Lanvenec) qui avait été, dit-on, le patrimoine de saint Guenaël , second abbé de Landevenec. Lan-Wivret était sur la rivière d’Elorn (4), Lan-Riwolé dans le bas Léon, Lesneven vers la côte nord : le comté d’Even le Grand devait donc avoir les mêmes limites que l’évêché de Léon. Il y a lieu de croire que ce comte mourut avant 955 (5).
Le comte de Cornouaille contemporain d’Alain Barbetorte s’appelait Bndic ; il fit de grandes donations à Landevenec, Barbetorte avait pour lui une vive affection, il voulut l’assister à son lit de mort (6). Le comté de Cornouaille avait
(1) « Marchio duxque Northmannorum et Briionum Willelmas, — Willelmum Northmannoram Britonumque ducem » etc. (Dudon, édit. Lair, p. 196 et 203).
(2) « Northmanni vero et Britones, morte Wüleimi sut senioris nimium lugubres, ulcisci prœoptantes » etc. (Dudon, édit. Lair, p. 208). — Que diantre veut-on que pût faire aux Bretons la mort de ce Guillaume Longue- Epée ?
(3) Voir ci-dessus, p. 137-140.
(4) Elle renfermait un village dit c Gaer Guingaltuc, cujus dioisio est usque ad flumen Helorn > (Cartul. de Landev. édit. A. de la Borderie, p. 163). La paroisse actuelle de Laneuffret est beaucoup moins étendue.
(5) En 955, Morbret donna à Landevenec les biens que loi avait concédés « cornes Evenus qui dictas est Magnus, le comte Even qui fut surnommé le Grand » {Cartul. de Land., Ibid.) Ce passé < qui fut surnommé » montre qu’Even était mort à ce moment.
(6) Voir Cartul. de Landevenec, n« 46 : « De plebe Edem, quam dédit Budic cornes moriens v (p. 168). Et à la souscription : « Alan dux Britanniæ, qui obitui ejus (Biidici) affait, testis » (p. 169).
Digitizecj by i^ooQle