‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 33 sur 392 · NOMINOE LÈVE LA BANNIÈRE DE L’INDÉPENDANCE · texte numérisé non relu

NOMINOE LÈVE LA BANNIÈRE DE L’INDÉPENDANCE

rompant avec l’empire, Charles le Chauve déliait tes Bretons de leurs obligations envers lui. Aussi, plein d’un fier dédain, Nominoë refusa d’aller à Fontanet verser le sang breton pour l’un ou l’autre des trois princes, et pendant que les Franks couraient s’y égorger à souhait, il envahit la Marche frankobretonne (1) pour venger la Bretagne de tous les maux sortis de là contre elle, même dans la dernière partie du règne de Louis le Débonnaire, même contre la volonté de ce prince. Il brandit d’un bras robuste la bannière de l’indépendance bretonne : le lendemain , tous les Bretons étaient à sa suite.

Sans paraître à la bataille de Fontanet, les Bretons en retirèrent grand avantage ; ils y gagnèrent un allié habile, actif, qui tout en travaillant pour son propre compte fut longtemps l’auxiliaire infatigable de Nominoë dans sa lutte contre les Franks. C’était pourtant un Frank d’origine né au pays de Nantes, mais élevé, ce semble, parmi les Bretons et qui en avait pris les mœurs. Il s’appelait Lantbert et était, croit-on, plus ou moins parent de cet autre Lantbert, comte de Nantes, qui joua un rôle important dans les guerres des Franks contre Morvan et Wiomarc’h (2). Ce second Lantbert aspirait aussi à la dignité de comte de Nantes; il était allé à Fontanet où il s’était bien battu, et le comte de Nantes Ricouin (mentionné ci-dessus, p. 35) ayant péri dans cette bataille, Lantbert sollicita aussitôt sa succession. Charles le Chauve, mal impressionné par ses accointances bretonnes, le rebuta et donna le comté de Nantes à un Poitevin, Rainald, déjà comte du pays d’Herbauge dans l’outre Loire (3).

En vain le roi offrit à Lantbert des compensations; celui-ci les jugeant insuffisantes les refusa, revint chez lui en 842 les mains vides, le cœur plein de dépit, bien résolu de se venger et, s’il était possible, d’enlever de force le beau comté de ses rêves qu’on lui refusait (4).

Se venger n’était pas bien difficile. Il lui suffit d’aller trouver les Bretons et de leur promettre son alliance, son appui pour une forte expédition, qu’il les excita à diriger contre le pays de Nantes. Nominoë se laissa aisément convaincre. Le moment choisi fut le printemps 843. Le chef breton s’étant trouvé à cette époque gravement malade fut contraint de remettre à Erispoë son fils, fort jeune, le commandement du principal corps d’armée. Les Nantais, sous la menace de cette invasion, appelèrent à leur aide leur, nouveau comte Rainald, qui avait bien le moyen de les secourir, car le roi, ayant su la défection de Lantbert et prévu de ce côté une lutte sérieuse, avait donné à Rainald les ressources

(1) « Et Nomenoius, pro tune Britonum princeps, territorium Namneticum et Redonicum devastare cœpit, nulli regum in hoc bello dignans facere auzilium. Sed isti insani reges... congregaverunt immensum ezercitum apud Fontanetum » {Chronic, Namnelense, cap. 3, édit. René Merlet (1896), p. 7.) — Cette incursion de Nominoë dans la Marche franko-bretonue, qui accompagna la proclamation de l’indépendance de la Bretagne, eut donc lieu avant la bataille de Fontanet, c’est-à-dire avant le 25 juin 841 , et après le voyage de Charles le Chauve au Mans, c’est-à-dire après le 15 avril, probablement au commencement de juin.

(2) Voir ci-dessus p. 8, 9, 17, 26. Ce premier Lantbert finit mal ; en 834, ayant soutenu contre l’empereur la faction de son fils Lothaire, il fut disgracié, privé de son comté, obligé de passer en Italie, où il mourut en 837. (D. Bouquet, VI, p. 116, 196, 199 , 206 , 210). Dès 835, il était remplacé dans le comté de Nantes par Ricouin. (Voir Cariul. de Redon, p. 357.)

(3) « Rainaldus cornes Arbatilicensis » en 835 et 839. (D. Bouquet VI, p. 223 , 224, 241.) Le pagus Arbatilicensis ou Arbatilicus , pays d’Herbauge, entourait le lac de Grandlieu et ne semble pas bien différent du pagus Ratensis ou Ratiatensis, pays de Rais ou Retz , qui montait au Nord jusqu’à la Loire et allait à l’Ouest jusqu’à la mer.

(4) Chron. Namnet., cap. 4, édit. Merlet, p. 8-9.

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