‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 322 sur 392 · AFFRANCHISSEMENT DES SERFS DE BRETAGNE PAR ALAIN BARBETORTE · texte numérisé non relu

AFFRANCHISSEMENT DES SERFS DE BRETAGNE PAR ALAIN BARBETORTE

évêques et de tous les autres comtes (1). — Ainsi, après un moment d’erreur lamentable, l’union est désormais rétablie, solidement scellée entre tous les Bretons : et cette union est pour eux une telle force qu’elle suffit à écarter de leur frontière les attaques de l’étranger.

Aussi en l’an 946, sur l’appel du roi Louis IV d’Outremer en butte à la coalition de ses grands vassaux (duc des Franks , duc de Normandie , comte de Vermandois, etc.), Alain Barbetorte quitte la Bretagne sans inquiétude et se rend en France pour soutenir son ami et son suzerain. Il y fut le héros d’une aventure grossie depuis lors et défigurée par la légende, mais qui réduite à ses véritables proportions a un intérêt réel. Louis d’Outremer avait pour allié dans cette guerre le roi de Germanie Otton F' dont il avait épousé la sœur Gerberge. Otton I*^ envahit la France et assiégea même Paris (2) avec ses Saxons, gens de haute stature, de forte carrure, mais dont l’intelligence quelque peu épaisse et les mœurs barbares donnaient à rire aux Franks. Les Saxons, avec leurs grâces tudesques, rendaient à ceux-ci leurs plaisanteries en grossières injures, en lourdes bravades dirigées contre tous les Franks ou Français, sans distinguer entre les adversaires du roi et ses partisans : si bien que ceux-ci, fortement choqués des impertinences de leurs alliés saxons, n’osaient cependant les châtier, dans la crainte surtout de déplaire à la reine Gerberge. Alain Barbetorte ne put y tenir ; ayant rencontré un jour un de ces malotrus qui couvraient d’injures tous les Français, il le défia, l’attaqua, le vainquit et le tua (3). Ce qui lui fit grand honneur auprès des Franks, mais lui donna en la reine Gerberge une ennemie acharnée.

Dès qu’il s’en aperçut, il demanda à Louis d’Outremer congé de rentrer en Bretagne, ce que le roi lui permit et même, comme il était content de son service, il lui accorda une requête d’une grande importance, à savoir que tous les serfs, colons et coliberts de France qui iraient s’établir en Bretagne acquerraient par ce seul fait la liberté et ne pourraient plus être réclamés par leurs maîtres. Alain voulait, par l’appât de la liberté, repeupler promptement et fortement la Bretagne pour lui donner de nombreux défenseurs contre les agressions normandes dont il redoutait encore le retour (4). D’après cela il avait dû certainement commencer par affranchir tous les serfs et colons de Bretagne, du moius ceux de son domaine,

(1) a Hi sunt testes qai audienmt et viderunt hœc omnla : Alan dux, Jadhaêl cornes; luthouen archiepiscopus , Hedrenn episc., Blenlivet episc. ; Howel cornes, Werec, Nuvenoé, Salvator episc., Jestin vicecomes. Dites vicecomes, Pritient, Wethenoc, Amalgold, Amhedr, Chenmarchoc , Nut, Huon, Moysen, et alii plurimi fideles » {CartuL de Land. p. 157). Notez ce grand nombre de Bretons bretonnants à la cour de Barbetorte ; presque tous ces personnages sont de Cornouaille.

(2) Rez Otto (cum triginta duo legionibus Saxonum)... Parisium perrezit, Hugonemque ibi obsedit » (Witichindi Corbeiensis Annales, dans D. Bouquet Vlll, p. 219).

(3) c Quadam die, dum furibundus Saxo in prato consistens , omnibus Francis opprobria magna et convicia exprobraret, Alanus... equitans per pratum adversus Saxonem, pugnavit cum eo et caput ejus amputavit » {Chron. Namnet., édit. Merlet, p. 99-100. — La légende, comme la rapporte la Chronique de Nantes, fait de cette scène un épisode du siège de Paris par l’empereur Otton II sous le roi û>thaire en 977, et du Saxon un géant dont la taille et la force extraordinaire effraient tous les Franks. Malheureusement, à cette date, Barbetorte était mort depuis longtemps.

(4) Chronique de Nantes traduite par Le Baud : « Alain se partant du roi Loys lui pria que, si aucun serf ou affranchi (collibertus) de son royaume venoit en Bretagne pour y résider, il y peust demeurer franc de toute servitude sans qu’il le vendicast. Car il craignoit toigours que les Normands retournassent à la dégaster et la vouloit revestir (repeupler), afin que quand elle seroit habitée, elle se defendist d’eux. Si lui concéda le roi Loys lesdites choses » (Edit. Merlet, p. 101-102).

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