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MARIAGE ET POSTÉRITÉ DE BARBETORTE

et pousser tous les seigneurs à en faire autant. Nous verrons en effet, quand nous parlerons du XI® siècle, qu’à cette époque non seulement l’antique servitude, mais aussi le servage de la glèbe, c’est-à-dire le colonat si répandu en Bretagne aux IX® et X’’ siècles, avaient disparu de ce pays. Les vilains ou roturiers de Bretagne jouissaient dès lors, nous le prouverons, de toutes les conditions essentielles de la liberté civile. — C’est à Alain Barbetorte qu’ils devaient ce bienfait.

§3. — La famille et la mort de Barbetorte,

Cette grande mesure de l’affranchissement des serfs ne fut pas le seul résultat du voyage d’Alain Barbetorte en France, en 946, pour soutenir la cause du roi Louis d’Outremer. Revenant de là en Bretagne il eut pour compagnon Thibaud, comte de Chartres, de Blois et de Châteaudun, surnommé par ses contemporains Thibaud le Tricheur (1). Ce Tricheur avait une sœur à marier, Alain lui demanda sa main et l’obtint; les fiançailles eurent lieu au château de Blois, et le duc breton emmena avec lui tout aussitôt sa fiancée à Nantes, où au milieu de l’allégresse générale, avec l’assistance de tous les comtes, vicomtes et seigneurs de Bretagne spécialement convoqués, furent célébrées les noces les plus solennelles, les plus joyeuses, les plus triomphantes, dont la fête dura huit jours (2).

Alain avait déjà été marié, peu de temps après son avènement à la dignité ducale, vers 940, à une fille de Foulque le Roux comte d’Anjou, nommée Roscille qui ne vécut guèrd et ne lui laissa point d’enfants (3). Il avait cependant, en 945, deux fils Hoêl et Guérec, assez grands pour figurer dans la fondation du monastère de Batz avec le titre de comte, ce qui leur donne à cette date une quinzaine d’années au moins ; ils étaient nés d’une fille noble appelée Judith (4), dont la tendresse avait consolé l’exil de Barbetorte mais qui ne devint pas sa femme ; elle le suivit en Bretagne et, comme nous le verrons, lui survécut. Elle eut la satisfaction de voir ses deux fils, malgré leur naissance irrégulière, gouverner tour à tour le comté de Nantes. — La seconde femme de Barbetorte, la sœur du Tricheur (on ignore son nom) lui donna un fils, qui fut nommé Drogo et était tout petit à la mort de son père.

Bien que le héros fût encore dans la force de l’âge, déjà le moment fatal approchait. En 952, il tomba malade et comprit que c’était sa fin, mais la mort n’était

(1) Il fut comte de Chartres de 925 environ à 975.

(2) Chron. Namn., édit. Merlet, p. 102-103. « Nuptias cum magna lœtitia et exaltationis gloria octo diebus Namnetis celebravit » {Id,, p. 103).

(3) D. Lobineau, D. Morice, VArt de vérifier les dates (II , 830), donnent cette Roscille à Alain pour première femme. En marge de la p. 81 du tome de son Histoire de Bretagne, Lobineau cite ce texte : « Cornes Fulco [Foulque le Roux , comte d’Anjou de 886 à 941] et Tescendis [lisez Roscilla] B comitissa habuerunt tresfilios... et Roscillam Alani comitU dicti de Barbatorta uxorem. ^ Ce texte, selon Lobineau, serait tiré d’un «c Registre conservé à la Tour de Londres, composé par ordre de Foulque IV » ou Foulque Réchin, comte d’AqJou de 1067 à 1109. Dans le fragment de VHistoire des comtes d* Anjou attribué à ce prince, ce texte n’existe pas ; il doit être apocryphe.

(4) « ... Alani Barbætortœ filios, videlicet Hoêl et Guerech... Hi nempe, progeniti ex nobili matre nomine Judith, extiterant antequam Alanus præfatus sororem Theobaldi comitis Blesensis in uxorem duceret. » (Chron. Namn,, édit. Merlet, p. 112-113.)

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