‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 324 sur 392 · SA MORT ET SA SÉPULTURE · texte numérisé non relu

SA MORT ET SA SÉPULTURE

pas faite pour émouvoir un homme de cette trempe. 11 appela près de lui son beau-frère le comte de Chartres, convoqua à Nantes tes neuf évêques de Bretagne, tous les comtes et tous les principaux seigneurs du duché. Il leur présenta le petit Drogon, il remit à Thibaud de Chartres la garde de l’enfant, de sa personne, de son droit, de ses biens et de tous ses intérêts ; il fit prêter très solennellement serment de fidélité à Drogon et à Thibaud par tous les seigneurs et tous les évêques bretons, — et quelques jours après il expira (1).

Au milieu de la douleur universelle et du peuple en larmes, on l’enterra dans la basilique des saints Donatien et Rogatien. Le lendemain, son corps rejeté par la tombe gisait sur le sol du temple. On le renterra, on mit sur la sépulture de gros troncs d’arbres, de lourds blocs de pierre ; au matin on le retrouva sur le sol. Et ainsi quatre jours de suite. Toutes les nuits, l’on entendait dans les rues de la ville et dans les chemins d’alentour des escadrons chevauchant avec des bruits si terribles que nul n’osait sortir de chez soi. — A la fin, un familier de Barbetorte, rappelant la piété très vive du duc envers la Sainte Vierge, émet l’idée que le héros fait peut-être tout ce bruit pour obtenir de dormir son éternel sommeil dans la basilique de Notre-Dame, relevée par lui après l’expulsion des Normands (2). On l’inhuma dans cette église, et depuis lors tous les prodiges cessèrent. — Comment n’avait-on pas deviné tout de suite que le libérateur de la Bretagne, redevable de son radieux triomphe à la protection de la Vierge, ne pouvait reposer dans la mort qu’aux pieds de sa divine protectrice ?

La mort d’Alain Barbetorte ferme l’ère celtique ou celto-bretonne de notre histoire et ouvre l’ère franco-bretonne. Il faut donc s’arrêter ici un instant, jeter un dernier coup d’œil sur cette première période et signaler l’héritage de gloire versé par elle dans notre tradition nationale. C’est d’abord cette admirable couronne de saints, dont les rayons et les fleurons innombrables embaument et illuminent notre premier volume. Saints brillant des plus hautes vertus chrétiennes et des plus agissantes vertus sociales. Contemplatifs à leurs heures, mais toujours militant et combattant : d’abord contre la nature, contre la brousse et la forêt, pour tirer d’un sol inculte le pain des pauvres émigrés bretons jetés par l’invasion saxonne sur la terre armoricaine ; — puis contre les survivants, encore puissants et nombreux, du paganisme ; — enfin contre les passions mauvaises qui assaillent de toutes parts la morale chrétienne, l’idéal évangélique retranché dans les monastères bretons comme dans des forteresses inexpugnables. Mais après ce triple combat, quelle victoire! La péninsule armorique couverte de moissons, le paganisme anéanti, le peuple brito-armoricain solidement fondé, enfin l’idéal chrétien vainqueur, triomphant, exalté devant ce peuple comme un phare, qui ne cessera de le guider dans toute sa carrière. Aussi combien méritants, combien grands, combien radieux devant Dieu et devant les hommes, ces vieux moines, ces vieux évêques, Corentin, Gwennolé, Brioc, Paul Aurélien, et Tudual et Gildas et Samson et Malo, etc., qui toute leur vie ont souffert, prié, parlé, agi, lutté pour atteindre ce résultat. A cette glorieuse phalange le IX^ siècle

(1) « Anno DGCGGLii. Hoc anno, Ugo duz Burgundionnm et Alanus Brittonnm obiere » {Chronic, Floriacense, dans D. Bouquet VIII, p. 254). Cf. Chron. Namn,, édit. Merlet, p. 105.

(2) Voir Chron. Namnei., Ibid., p. 106-107.

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