LES GLOIRES ET LES HÉROS DE L'ÈRE CELTO-BRETONNE
ajoute deux noms qu’on ne doit point oublier : Conwoion, le grand fondateur de Redon, auxiliaire du roi Nominoë; Jean de Landevenec, précurseur de Barbetorte.
En cette première époque de la Bretagne (V®-VII® siècle) — où foisonnent les Vies de saints et manquent les chroniques — les chefs politiques et militaires ne semblent pas atteindre la taille des chefs religieux. Dans ce lointain mal éclairé toutefois trois noms brillent d’un éclat singulier : Gradlon, le fondateur de la Cornouaille, le vainqueur des Saxons, — Waroch le rude batailleur, infatigable adversaire des Franks, — et le glorieux défenseur de la Domnonée, le roi Judicaêl.
Mais dans la seconde époque de notre Bretagne (IX®-X® siècle), les héros abondent. D’abord, les héros martyrs de leur dévouement à la cause sacrée de l’indépendance bretonne, les Morvan et les Wiomarc’h. Puis le plus grand de tous, Nominoë, le vengeur, le libérateur, grand héros, grand capitaine, grand homme d’Etat, génie extraordinaire, notre Charlemagne : sa victoire de Ballon est un prodige, et un autre non moins grand c’est d’avoir construit sa monarchie de telle sorte que, malgré tous les mortels obstacles dressés contre elle, elle a duré après lui six siècles et demi. Avec lui je n’en veux nommer que deux autres, Alain le Grand et Alain Barbetorte, les premiers après lui : Alain le Grand, excellent guerrier et habile politique, qui écrasa les Normands d’un coup de massue et donna à la Bretagne vingt ans de prospérité ; — Alain Barbetorte, le plus intrépide peut-être de tous les héros bretons, qui trouva la Bretagne morte et la ressuscita à force d’audace, de dévouement et de patriotisme ; si son génie politique eût été à la hauteur de son héroïsme incomparable, on pourrait l’égaler presque à Nominoë ; mais, nous le verrons tout à l’heure, il légua à la Bretagne bien des embarras, bien des périls.
J’en passe... et des meilleurs (Gurwant, Erispoë, Salomon, Juhel Bérenger, etc.) Les noms ci-dessus rappelés suffisent à montrer que l’ère celto-bretonne de notre histoire a légué à la Bretagne une ample moisson de gloire et de héros d’une hauteur et d’un éclat sans pareil. Les hommes des âges suivants ne pourront mieux faire que de tâcher de les égaler.
La croix de Plourivo (ci-dossus, p, 388«389).
Diaprés lo dessin do cette croix publié par M. Gaultier du Mottay dans V Annuaire des Côtes-du-Nord de 1872.