CONTRE LA MAISON DE NANTES
§ l«^ — La succession d* Alain Barbetorte et la maison de Rennes {952-970J.
HiBAUD le Tricheur, comte de Chartres et de Blois, s’acquitta bien mal de la mission à lui confiée par Alain Barbetorte, dont la sollicitude paternelle s’était surtout préoccupée d’assurer au pauvre orphelin Drogon, pour sa personne et son droit, un protecteur fort et vigilant. Le Tricheur, qui avait autour de lui, dans le centre de la France, plus d’une intrigue, plus d’une guerre, plus d’un ennemi, ne voulut pas s’embarrasser des affaires de Bretagne fort éloignées de ces domaines héréditaires et qui l’intéressait peu. De la tutelle que lui avait donnée Barbetorte il ne songea qu’à faire un bon marché et tirer un bon profit.
Pour se débarrasser de la personne de Drogon, il maria sa mère veuve de Barbetorte à Foulque le Bon (1) comte d’Anjou, et laissa l’enfant avec la mère. Foulque étant chargé de la garde effective de l’orphelin , il fallait bien le payer de ses soins, et Thibaud partagea avec lui sa bonne aubaine, c’est-à-dire la succession de Barbetorte comprenant tout le duché de Bretagne.
Barbetorte possédait, nous l’avons dit, la ville et le comté de Nantes, te comté de Bro-Werec et celui de Poher : c’était là son domaine propre et patrimonial. Comme duc de Bretagne, il avait la suzeraineté de tout le duché, comportant le service militaire de tous les seigneurs bretons et des droits pécuniaires assez importants aux mutations des grands fiefs. — Le comte de Chartres céda à celui d’Anjou la moitié de la ville de Nantes et des droits de tonlieu, la moitié du comté Nantais et la suzeraineté de la moitié de la Bretagne, c’est-à-dire probablement de la Cornouaille. Il dut garder pour lui le reste du domaine propre de Barbetorte, c’est-à-dire l’autre moitié de Nantes et de son comté et le comté de Bro-Werec, car Poher pouvait bien être déjà inféodé, plus la suzeraineté de l’autre moitié de la Bretagne, c’est-à-dire du comté de Rennes, de la Domnonée,
(1) Comte d’Acÿoa de 942 à 958-960.