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LA SUCCESSION DE BARBETORTE ACCAPARÉE PAR DES ÉTRANGERS

et du Léon (1). Mais cette suzeraineté il la céda, pour mieux dire il la vendit à Juhel Bérenger comte de Rennes et à l’archevêque de Dol Wicohen (2). Des revenus qu’il tirait de la Bretagne, Thibaud le Tricheur construisit vers 955 les « tours, » c’est-à-dire les châteaux de Chartres, de Blois et de Chinon.

Le comte d’Anjou ne faisait pas de moins beaux profits, car un jour qu’il était à jouer aux dames dans la salle de son château d’Angers on lui apporta de Nantes trois sacs pleins d’or et d’argent, et il s’écria : « Qui posséderait toute la ville ]i> de Nantes serait le plus riche et le plus puissant homme de France I » Cette ville, il en devait avoir la moitié jusqu’à la majorité féodale de Drogon fixée alors à quinze ans (3). Mais il manifesta pour la possession définitive de cette cité une si forte convoitise que, le petit Drogon étant venu à mourir sur ces entrefaites, on accusa de sa mort le comte d’Anjou (4). Les Nantais, ainsi privés de leur seigneur, se donnèrent bon gré mal gré à Foulque. Il ne sut pas les garder.

Vers 960, Thibaud le Tricheur eut maille à partir avec Richard I®** duc de Normandie, fils de Guillaume Longue-Epée. Les origines de la querelle, quoi qu’on en ait dit, sont fort obscures (5) et nous n’avons point à les rechercher. Cette querelle devint bientôt une guerre fort vive. Les Normands de Richard , ou du moins beaucoup d’entre eux, étaient encore de parfaits pirates; l’historien Richer, contemporain, ne leur donne pas d’autre nom. Richard savait combien la Bretagne était chère et précieuse à Thibaud, à titre de a vache à lait, d Pour le frapper à cet endroit sensible, il équipa parmi ses sujets une flotte de pirates et la lança contre la Bretagne. Cette flotte fit des dégâts sur la côte nord (6), entre autres

(1) C’est sans doute cette suzeraineté de Thibaud sur le Nord de la Bretagne qui amena à Chartres, vers 954, Nordoard évêque de Rennes et Mabbon évêque de Léon, dont on trouve les souscriptions, près de celle de Thibaud , dans la charte de fondation de Tabbaye de Saint-Père de Chartres (Cartulaire de Saint-Père , I, 54).

(2) Indispensable de donner ici le texte de la Chronique de Nantes : c Theobaldus cornes Blesensis Fulconi comiti Andegavensi tradens sororem suam, relictam Alani BarbœtorUe ducis, in uxorem, ei dimisit, quandiu Drogo infans nepos ejus adultus esset , medietatem urbis Namneticœ et territorii ejus et telonei et omnium consuetudinum unde teloneum exigi poterat, ac etiam totius Britanniœ medietatem; — et residuam partem Britanniæ, quam Juhaêl Berengarius cornes et Wicohenus archiepiscopus Doiensis de illo receperunt, in sua potestate retinuit » {Chron. Namn. édit. Merlet, p. 107-108).

(3) « Fulco cornes Drogonem infantem parvulum in custodia sua ad nutriendum accipiens usque ad quindecim annos » {Ibid. p. 109).

(4) Selon la Chronique de Nantes (p. 110) la nourrice de Drogon, gagnée par Foulque, lui aurait versé sur la tête un bassin d’eau bouillante, en le baignant dans de l’eau froide, afin que sa mère, si elle venait aux cris de la victime, ne pût deviner la cause de la mort. Cette invention trop subtile décèle le travail d’un légendaire.

(5) Voir à cet égard M. René Merlet, Origines du monastère de S^-Magloire de Paris, dans Biblioth. de VEc. des Chartes, t. LVI (1895), p. 261-263.

(6) L’expédition des Normands contre la Bretagne qui entraîna l’émigration de Mabbon et d’Hesdren se lie certainement à l’attaque contre Nantes dont il est question à la page suivante : attaque qui ne peut être postérieure à l'an 960, puisqu’elle eut lieu du vivant de Foulque le Bon comte d’Angers que la Chronique de Tours fait mourir en 958 et dont il est même très difficile de prolonger la vie Jusqu’en 960. La fuite de Mabbon et d’Hesdren à l’abbaye de Fleuri doit donc être du même temps. On sait que Mabbon s’y réfugia sous l'abbatiat de Vulfald qui finit en 962 (Voir Fragm. histor. Franciœ, dans D. Bouquet VIII, 307; et Aimoin, Mirac. S. Bened. lib. II, cap. 11). Quant à Hesdren^ voici ce qu’en dit une Vie de S. Maur l’Africain : « Dum excidium Britanniæ Normannica incursio minitaretur, quidam pontifex ejus gentis (Britannicœ), Hedren vocabulo, futures præcavens casus, patriam deseruit corpusque beati martyris (Mauri) secum asportavit. » [Catalog. codic. hagiograph. latin. Biblioth. Nat. Paris, t. 111, p. 149). On ajoute ensuite que sous l’abbé Richard, successeur de Vulfald, Hesdren s’étant décidé à se faire moine dans l’abbaye de Fleuri, le corps de S. Maur fut définitivement ensépulturé dans la basilique de Saint-Benoît. Mais l’arrivée d’Hesdren étant antérieure à sa profession monastique doit être placée, comme celle de Mabbon, en 960 au plus tard.

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