ATTAQUE DES NORMANDS DE LA SEINE CONTRE NANTES
une descente très ravageuse dans le pays de Léon qui effraya beaucoup la contrée; l’évêque Mabbon prenant avec lui le corps de saint Paul Aurélien qui était toujours dans sa cathédrale, courut se réfugier sur la Loire en l’abbaye de Fleuri; Hesdren, revenu dans le Léon depuis qu’on ne voulait plus de lui à Nantes, suivit Mabbon en ce même monastère avec le corps d’un saint Maur africain fort peu connu.
De là les pirates gagnèrent la Loire et remontèrent jusqu’à Nantes. On connaît, au point de vue de la défense, la situation de cette cité; elle n’avait d’autre enceinte, d’autre protection que le grand fort créé par l’évêque Foucher, relevé et renforcé par Barbetorte. La plus grande partie de la ville restant ouverte, il était presque impossible de la garantir des surprises de l’ennemi. Les Normands l’envahirent à l’improviste, la pillèrent, prirent l’évêque Walter, furent en fin de compte repoussés jusqu’à Guérande où ils s’arrêtèrent et consentirent, pour une forte rançon, à relâcher l’évêque. Puis faisant sur Nantes un retour offensif, ils se décidèrent à assiéger le fort de la cathédrale. Les Nantais envoyèrent des messagers au comte d’Anjou pour le presser — puisqu’il touchait les revenus de leur ville — de venir la défendre. Il le promit, mais ne bougea. Sa femme, la veuve de Barbetorte, le cœur toujours plein d’admiration pour son premier mari, ne put retenir son mépris pour le second en voyant sa lâcheté :
— « Oh ! s’écria-t-elle, il est tombé, il est tombé, le grand pieu qui fermait l’entrée de la Loire et qui faisait tant peur aux Normands ! (1) »
Après avoir attendu huit jours le secours promis par Foulque le Bon, les Nantais ne voyant rien venir résolurent de se secourir eux-mêmes. Ils firent sur les Normands une furieuse sortie qui les mit en déroute et en délivra Nantes définitivement (2). Mais écœurés par la couardise de Foulque, ils le renièrent formellement pour leur seigneur et se tournèrent vers Hoêl et Guérec, les deux fils naturels de Barbetorte que leur mère Judith avait élevés avec le plus grand soin. Le second destiné à l’église avait fait ses études dans la célèbre abbaye de Fleuri ou Saint-Benoît sur Loire près d’Orléans. L’autre, l’aîné, brave et habile guerrier, vivait près de sa mère Judith. Les Nantais, qui sans doute avaient eu dans le siège récent l’occasion d’apprécier sa vaillance , le choisirent unanimement pour leur seigneur (3). Choix excellent quant à la personne du nouveau comte, sujet toutefois à des conséquences que ne prévoyaient pas les Nantais. Il ouvrit l’ère, trop longue hélas! des querelles et des guerres entre les comtes de Rennes et les comtes de Nantes.
(1) « Conjux, ejus (Fulconis) inertia salis cognita, retulit quod c Palus magnus, in ostio Ligerisflxus, metum Normannis faciens, ceciderat. i Voir, sur les diverses circonstances de cette attaque de Nantes par les Normands, Chronic. Namnet., édit. Merlet, p. 111-112, et à la suite de la Chronique, Miracula ecclesiœ Namnet., p. 143 à 146.
(2) c Namnetenses, octo diebus expectatis, nullum a Fulcone auxilium habentes, cum Normannis pugnaverunt, ac inde cum virtute magna eos fugaverunt » (Chron. Namn., Ibid., p. 112). En plaçant cette attaque de Nantes et cette incursion des Normands vers 960, nous suivons Topinion de M. René Merlet ; mais, à prendre à la lettre la Chronique de Nantes et surtout les Miracles de Véglise de Nantes du même auteur, cette expédition des Normands aurait eu lieu deux ans tout au plus après la mort d'Alain Barbetorte : « Quum Normanni, primo tempore Lotharii regis, patrias et regiones occidentales Galliæ prope maritima consistentes, mortuo pro tune duce Britonum, devastarent, ipsi equidem per alveum Ligeris urbem Namnetensem ex improviso ingrediuntur. s (Mirac. eccl. Namn„ dans Chron. Namn., édit. Merlet, p. 143-144.) Le début du règne de Lothaire, c’est 954. — Ce point de chronologie ne semble donc pas encore définitivement fixé.
(3) Chron. Namnet., Ibid., p. 112-113.