DES COMTES DE RENNES ET DE NANTES AU DUCHÉ DE BRETAGNE
tagne, et céder au comte de Rennes la vaste région domnonéenne que le comte de Chartres Thibaud le Tricheur lui avait donnée en fief. Tel fut le résultat de cette lutte. L’archevêque conserva néanmoins autour de Dol un très beau fief s’étendant du Coësnon à l’Arguenon ; mais au lieu de dominer le comté de Rennes, ce fief épiscopal y était compris et il en relevait : ainsi la situation était entièrement retournée.
Pour en arriver là il avait fallu une lutte d’une dizaine d’années, de 960 environ à 970. Mais aussi le résultat était complet. Hardouin archevêque de Tours étant allé à Rome en 970 (1) et ayant cru devoir chanter au Saint-Père l’ordinaire ritournelle des griefs de son siège contre la métropole bretonne de Dol, à sa requête le pape Jean XIII adressa aux Bretons une nouvelle semonce où sont nommés, comme les chefs les plus puissants de la Bretagne, c Bérenger et son fils Conan j> pour Rennes, « Hoël et son frère Guérec » pour Nantes (2). Cette nouvelle lettre du pape ne contient d’ailleurs rien de neuf sur l’affaire de Dol, sinon qu’aux usurpations perpétrées contre les droits de Tours elle assigne pour cause c la violence des Normands (3) : accusation certainement injuste, car si quelqu’un se souciait peu de la querelle de la métropole c’était ces païens. Ce document pontifical n’eut aucune suite, il prouve seulement que, grâce aux efforts obstinés de Conan le Tort, la maison de Rennes délivrée du joug de Wicohen avait repris sa place à la tête de la nation bretonne.
Vers 970 Juhel Bérenger mourut, et peu après sa mort son fils et héritier Conan le Tort épousa Ermengarde fille du comte d’Anjou Geofroi dit Grisegonelle (4), qui avait succédé vers 958-960 à son père Foulque le Bon, le mari de la veuve de Barbetorte. Ce mariage était au premier chef une alliance politique. Après avoir relevé la fortune des comtes de Rennes et doublé leur tSrritoire par l’annexion de la région domnonéenne primitivement inféodée à Wicohen, Conan le Tort n’entendait pas s’en tenir là ; il avait désormais pour objectif la conquête de la dignité ducale, c’est-à-dire de la suzeraineté de toute la Bretagne. Impossible évidemment d’y arriver sans une lutte des plus sérieuses avec les Nantais : Conan espérait par son mariage obtenir contre eux l’alliance ou tout au moins la neutralité du comte d’Anjou.
Cette lutte ne se fit guère attendre : connaissant les ambitions de Conan, Hoël comte de Nantes leur opposait des prétentions non moins hautaines, et le choc de ces compétitions ardentes, envenimées, devenait inévitable. Voici comme la Chronique de Nantes indique les causes de la querelle :
a Le comte Hoël fut vaillant et très puissant. Il soutint beaucoup de guerres contre le fils de Juhel Bérenger, Conan comte de Rennes, qui tenait alors la plus grande partie de la Bretagne de Thibaud, comte de Blois [et de Chartres], comme le comte de Rennes [Juhel Bérenger] l’avait tenue lui-même après la mort d’Alain
(1) Gallia Christiana XIV, 53.
(2) La lettre est adressée « in Christo fratribus universis citerions Britanniæ, » et elle porte : a Sciant vestri homines maxime nobiliores, nominatim Berengarius et films suas Conanus, et Hoel cum fratre suo Guerech. » etc. (D. Morice, Preuves I, 347.) Jean Xlli, pape de %5à 972.
(3) « Per violentiam et paganorum Nortmannornm contrarietatem » {Ibid.).
(4) Mabille, Introd. aux chroniques d'Anjou, p. lxx; et Lobineau, Hist. deBret. 1, p. 83. — t Gonelle, B sorte de cape sans manches, couvrant le cou, munie habituellement d’un capuchon, ouverte par B devant, b (Viollet-Leduc, Dict. du mobilier, III, p. 413.)