‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 332 sur 392 · GUÉREC EST BATTU A CONQUEREUIL PAR CONAN · texte numérisé non relu

GUÉREC EST BATTU A CONQUEREUIL PAR CONAN

l’intervention énergique du comte d’Anjou contre le comte de Rennes a lieu d’étonner; car cet Angevin était Geofroi Grisegonelle, beau-père de Conan. Mais celui-ci avait le tort d’étre l’allié, le client, et jusqu’à un certain point le vassal du comte de Blois et de Chartres, son père ayant accepté pour suzerain Thibaud le Tricheur, dont le fils et le successeur depuis 975, appelé Eude ou Odon, continuait les prétentions et les traditions de Thibaud. Or les comtes d’Anjou étaient en rivalité constante, en hostilité presque continuelle avec les comtes de Blois. En outre, parce que son père Foulque le Bon avait possédé Nantes à cause de sa femme jusqu’à la mort de Drogon, même jusque vers 958-960, Geofroi Grisegonelle prétendait (à tort) avoir sur ce comté des droits qu’il cherchait l’occasion de faire valoir. En 981 , si Guérec était venu à disparaître, il serait resté, pour tous rejetons de Barbetorte, les bâtards d’Hoêl exclus de la succession par leur bâtardise. Geofroi espérait que les Nantais dans ce cas l’accepteraient pour leur comte ; en attendant il croyait habile de leur rendre des services pour gagner d’avance leurs sympathies.

Dans cette bataille de Conquereuil de 981 , Conan le Tort fut vainqueur, mais une cruelle blessure à la main et au bras l’empêcha de profiter de sa victoire. Cependant la Chronique de Nantes attribue l’avantage à Guérec ;

I Conan (dit-elle) poursuivit Guérec jusqu’à un village du comté Nantais appelé Conquereuil. Là ils se livrèrent bataille avec une grande violence. Enfin Conan ayant été gravement blessé au bras (1) fut vaincu et s’enfuit. L’ayant donc mis en déroute, Guérec retourna vainqueur à Nantes. Toutefois il périt dans cette bataille beaucoup de monde de part et d’autre. >

Cette grande perte d’hommes des deux côtés indique déjà une action d’un résultat douteux , puis voici pour une victoire une suite singulière : le vainqueur voyant l’ennemi en fuite, au lieu de le poursuivre, rentre chez soi ; au lieu d’envahir le pays de Rennes très voisin de Conquereuil , Guérec se hâte de regagner sa ville de Nantes; très certainement s’il avait été vainqueur les choses se seraient passées autrement. Aussi en réalité ne fut-il pas vainqueur mais vaincu malgré le secours des Angevins; une chronique contemporaine, celle du Mont Saint-Michel , le dit formellement : «c En 981 , Conan le Tort combattit très bien » (optimè pugnaoitj à Concruz contre les Angevins, » c’est-à-dire , t il eut l’avantage sur eux et sur leurs alliés les Nantais » (voir la page précédente, note 3).

De plus, un proverbe ou dicton populaire encore en vogue à la fin du XF siècle, disait : a C’est comme à la bataille de Concruz, où le tort Va emporté sur le » droit (2). > Allusion évidente à une victoire de Concruz ou Conquereuil, remportée par Conan le Tort. 11 y eut, nous le verrons, en 992 une seconde bataille en ce lieu. A laquelle se rapporte ce proverbe ? Ce ne peut être à la seconde,

(1) f Conanus in brachio graoiter vulneratat » (Chron. Namn. édit. Merlet, p. 119). Un acte du Cartulaire de Redon , inscrit sur un feuillet qui n'existe plus, était ainsi daté : a In illo anno quando Conanus , Britanniœ dux , contra Guerech processif , in qua pugna manum oiilneratam habuit » (D. Morice, Hist. de Bret. I, note XLiii, col. 973).

(2) « Proinde proverbiuni vulgatum est : Bellum Conquireticum (ou Conqtierentium), quo tortum superavit rectum » (Histor. S. Florentii Salmur., dans les Chroniques des églises d’Anjou, édit. Marchegay, p. 260; D. Morice Preuves I, 127). L’historien de St-Florent, qui écrivait, dit-on, vers la fin du XI* siècle, applique ce proverbe à la seconde bataille de Conquereuil (992) : erreur évidente, puisque le Tort y fut tué.

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