RECONSTRUCTION DE LA CATHÉDRALE DE NANTES
car Conan le Tort y fut tué; c’est donc forcément à la première, à celle de 981. Mais la grave blessure du comte de Rennes ne lui permit pas de se mettre à la tête de son armée pour poursuive son avantage et l’obligea de retourner à Rennes, comme Guérec à Nantes. Cette action si chaude et si meurtrière semble donc n’avoir eu sur la suite des événements aucune conséquence. Elle en eut une cependant fort importante, qui fut de faire tenir assez longtemps les deux adversaires tranquilles : en s’essayant l’un contre l’autre, chacun d’eux ayant trouvé la force de son antagoniste très sérieuse, hésitait à reprendre la guerre.
Ce calme dura environ six ans, pendant lesquels Guérec s’occupa activement des affaires de son comté. Bien qu’il n’eût pas pris les ordres ni le titre d’évêque, on ne lui avait pas élu de successeur et il continua jusqu’à sa mort, c’est-à-dire pendant sept ans (981-988), à jouir du domaine temporel de l’évêché. Mais il en consacrait les revenus à des usages ecclésiastiques, notamment à la restauration ou plutôt la réédification de la cathédrale. Au moyen-âge lorsque l’on construisait une église, l’usage constant était de commencer par le chevet, par le chœur, par cette partie de l’édifice où se célébraient les saints mystères. D’après la Chronique de Nantes, Guérec « déplorant la destruction de l’église de Nantes, D rétablit, à partir des fondations, le chevet de cet édifice qui était détruit, et
après l’avoir réédifié il y mit une couverture (1). » Il y a donc lieu de croire que, depuis Alain Barbetorte jusqu’à Guérec, on s’était contenté pour cathédrale d’un bâtiment provisoire, probablement en bois, et qu’à ce dernier prince appartient l’honneur d’avoir entrepris la construction d’une nouvelle église monumentale en pierre — digne de la ville et du siège épiscopal de Nantes.
Jusqu’à la construction du chœur gothique actuel de la cathédrale de Nantes, cette église avait conservé un chœur et un chevet de style roman. Toutefois ce n’était pas l’œuvre de Guérec ; ce chœur avait été reconstruit aux dernières années du XI® siècle, du moins toute la muraille de ce chœur élevée au-dessus du sol (2). Mais on ne toucha pas alors à la crypte placée sous cette partie de l’église, crypte qui aujourd’hui (1897) subsiste encore moins sa voûte, et qui est la crypte de Guérec, monument vénérable à double titre : le plus ancien morceau de l’architecture romane en Bretagne et certainement l’un des plus curieux ; le sanctuaire consacré pendant la période du moyen-âge au culte du saint évêque Gohard,
(1) «c His temporibus ecclesia Namnetica a pastore vidua septem annis remausit et fuit semper in potestate et manibus Guerech derelicta ; cujus destnictionem valde deplangens, omnia quœ de épiscopatu habere potuit in ejus restitutionem dispensavit : namque a fundamentis hujus ecclesiœ caput destructum reficiens, illud refectum cooperire procuravit, pluraque alia quæ usque hodie apparent restituit, et multa alia bonafecit » (Chron. Namnet., édit. Merlet, p. 120-121).
(2) Une charte-notice constatant la réconciliation de l’abbaye de Marmoutier, accomplie à Nantes, avec Benoît évêque de cette ville frère du duc Hoél est ainsi datée : « Acta sunt hœc anno ab Incamatione Domini MXC, intra ruinas vetcris ecclesiœ Beati Pétri » (Bibl. Nat. ms., Blancs-Mant. vol. 36, p. 93, et dans A. de la Borderie. Recueil d'actes inédits des ducs et princes de Bretagne n® 24, p. 57). L’église de S. Pierre de Nantes dont il ne restait que des ruines en 1090 était celle dont Guérec avait construit le chevet et que l’on venait apparemment de démolir pour la rebâtir. Le chœur construit en 1090 est celui qui fut détruit il y a une trentaine d’années pour faire place au chœur actuel ; mais en 1090 on ne toucha point à la crypte de Guérec, et pour s’en convaincre il suffit de comparer ce qui en reste à celle de S‘«-Croix de Quimpcrlé bâtie en 1084 par le même évêque Benoît aussi abbé de Quimperlé , et dont le style fleuri , élégant . est à première vue plus jeune d’un siècle que celui de la crypte de Nantes. Celle-ci, comme le dit fort bien M. Merlet, « est un curieux spécimen » de l’architecture religieuse à la fin du X« siècle, et offre l’un des plus anciens exemples de déam- » bulatoire entourant l’abside d’une grande basilique. » {Chron. Namnet., p. 121 note 1.)